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Conte de Noël : BILOCHON



Il suait, il courait, il trébuchait, il tombait…et les cailloux  lancés sur lui par ces satanés gamins lui lacéraient le dos et aussi les pattes. Il pensait « en haut de la côte , je n’y arriverai jamais !…Tout à coup, il s’écroula, épuisé..C’était fini pour lui..Il le payait cher de s’être sauvé de la maison de son maître Eliezer, lui , Bilochon, qui n’était qu’un pauvre baudet.

Mais après six années de mépris et de coups de trique, il n’en pouvait plus ! Sans arrêt on se moquait de lui, de ses grandes oreilles, de sa façon de parler en disant « Hi han hi han ! » maintenant la bande de gamins approchait, on allait le lapider.

Soudain, dans un  grand cri, ils se sauvèrent tous, épouvantés. Une grosse bête , avec de grandes cornes, sortait de l’étable. C’était Nestor, le bœuf de maître Johanam ; pas méchant pour deux sous,, mais qu’il était impressionnant !. Il poussa un « Meuh » si puissant que les gamins  dégringolèrent la côte tout à fait terrifiés,

Dépêche-toi lui dit le bœuf  rentre donc espèce de…mais surtout ne dis rien .pas de hi han ici   silence regarde plutôt là dans le fond de l’étable   le baudet leva la tête et ouvrit un œil   il sursauta, dans un coin à l’ombre,il y avait debout un grand homme, fort comme Eliezer son maître ,Le pauvre animal, il tremblait de toutes ses pattes   sûrement que cet homme-là allait le dénoncer , le renvoyer et le mettre à la porte,

Il ouvrit son deuxième œil. Allongée près de l’homme, se tenait une femme  vraiment jolie, vraiment paisible avec un beau sourire  il sentit alors couler en lui une grande douceur comme si sur l’heure il allait savourer un fin bon  chardon de la montagne d’à coté.

N’aie pas peur, approche, lui dit Nestor. Ces gens-là sont comme toi ; ils ont du quitter leur maison,ils ne te feront aucun mal Allez approche, n’aie pas peur.

Maître Bilochon, lui dit l’homme -Tiens comment connaît-il mon nom de baudet, cet homme-là ?  -est-ce que vous pourriez nous faire la grâce de rester à  notre service ? – , Bigre, nom d’une pipe, on ne m’a jamais parlé ainsi. « Nous aurions besoin de votre aide pour transporter Marie  et son petit enfant. »

Ah, en voilà une histoire ,se dit-il en lui-même

Ce petit enfant, Bilochon ne l’avait jamais vu  si petit et caché dans la paille  jamais vu ça   se répéta le baudet Impensable ! Un enfant dans de la paille   pauvre petit il est pourtant si gentil  j’espère que lui , au moins, on ne lui jettera pas de  cailloux comme on l’a fait pour moi.

Bon, lui dit encore Nestor, tu ne vas pas rester là planté comme un sot. Tu ferais mieux de le réchauffer, ce petit marmot. Assieds toi et souffle oui, envoie lui ta chaleur comme tu peux,  non pas comme ça,  pas si fort, tout doucement   régulièrement , comme une brise de printemps qui arrive quand les vignes commencent à bourgeonner  là c’est mieux   Moi pendant ce temps je surveille la porte des fois que des soldats d’Hérode viendraient par ici

Bilochon était heureux comme vous ne pouvez pas imaginer qu’on puisse être heureux. Car  le petit enfant, doux  comme un p’tit Jésus, souriait , souriait, souriait tout plein Ah qu’il était beau ce petit enfant-là. Ce n’est pas lui qui le poursuivrait en riant et en se moquant de ses grandes oreilles de baudet.

Bilochon sentit tout d’un coup comme une grande paix intérieure qui descendait en lui

alors il se mit à chanter :  pas des hi han  comme à l’habitude non, mais une vieille chanson que sa grand mère lui avait appris quand il était plus jeune

« dors, min ptit quiquin, min  ptit pouchin, min gros rojin »

Nestor n’en revenait pas et ouvrait ses grands yeux de bœuf « mais qu’est-ce qui lui prend à Bilochon ?

L’enfant lui signe avec sa petite main ; viens ici, Bilochon, écoute ;  il lui caressa l’oreille puis il approcha sa bouche et lui  dit doucement d’une voix claire « merci, Bilochon tu es le plus beau  de tous les ânes que mon Père a faits , Bilochon, lui, n’y comprenait rien.   Ah non ne dis pas ça si tu savais comme j’étais malheureux chez mon maître Eliezer.

Je le sais , je le sais , alors,  est-ce que veux changer de vie et aller dans un pays où tous les enfants seront gentils avec toi ?

Bien sur, bien sur, mais pour moi, c’est impossible je ne suis qu’un pauvre baudet

Ferme les yeux et fais-moi confiance  demain matin tu seras bien loin d’ici

Clic clac ! Bilochon rouvrit ses deux yeux d’un seul coup Où est-il donc allé se  fourrer ? Tout autour de lui, il voyait plein d’enfants, surtout des blonds avec des yeux bleus ; non pas du tout comme ceux de son ancien patelin où ils étaient bruns avec des yeux noirs.

Et tous ces enfants souriaient de bon cœur  Oh qu’il est joli  Oui, vraiment beau  et puis, il n’a pas l’air méchant   Tu voudrais bien  dis, jouer un peu avec  nous ? Bilochon, écoutant ça, se mit debout en se redressant comme Artaban  « oh qu’il est costaud «  dirent ensemble tous les enfants

Et Bilochon pensa en lui même « ah si Nestor pouvait me voir  il serait si fier de moi  mais dites moi les enfants,où est-on ici ?

Les enfants en l’écoutant se mettent tous à rire   « comment tu ne sais pas ça ?

Mais non, répondit Bilochon  je ne sais rien !

Bin ça alors ! Lui dirent les enfants mais ici c’est Rousies

Rousies, rousies ? Jamais je n’ai entendu parler de ce pays

Qu’est-ce vous dîtes ? C’est le paradis des baudets   ? Ah bon alors en voilà une bonne raison pour ne plus m’en aller ailleurs

c’est entendu les enfants je vous le promets je reste ici avec vous

et je jouerai avec vous tous  et je vous promènerai sur mon dos et vous conduirai à l’école  et pour finir je chanterai pour vous de ma plus belle  voix  Hi Han Hi Han Hi Han

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Les souvenirs de Aldiboron, L’âne de la crèche



Bonjour à tous.

Vous pouvez me regarder.

Qui je suis ? je suis Aldiboron,

Mais oui, vous me connaissez ! Je suis l’âne qui était dans la crèche à Bethléem.

Je vais vous raconter ce qui m’est arrivé, il y a déjà si longtemps, si longtemps.

C’est même moi qui ai raconté à saint Luc ce qu’il a écrit dans son évangile.

Un jour, j’étais là assis à me reposer.

Je venais de porter quelques planches pour aider mon patron qui s’appelait Joseph, un brave homme qui me traitait très bien.

Tout d’un coup, j’entends un drôle de bruit !

J’aperçois une lumière étrange.

Je tends mes grandes oreilles et j’ouvre les yeux.

Qu’est-ce que je vois dans la maison ?

Marie bien sûr, mais elle était si belle, à genoux devant une sorte de lumière d’argent.

Et j’entendais comme une voix angélique qui venait d’un autre monde.

On m’a dit plus tard que c’était1’ange Gabriel.

Je te salue Marie, pleine de grâce,

Le Seigneur est avec toi, sois sans crainte, Marie,

Car tu as trouvé grâce auprès de Dieu

Voici que tu concevras et enfanteras un fils a qui tu donneras le nom de Jésus

Il sera appelé : Fils du Très haut

Il régnera sur la maison de Jacob

Eternellement et son règne n’aura pas de fin.

 Et Marie, toute humble lui demande :

Mais comment cela est-il possible puisque je ne connais pas d’homme ?

La voix lui répond :

L’Esprit saint viendra sur toi et la personne du très haut te couvrira de son ombre.

C’est pourquoi cet enfant qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.

Marie alors s’incline et dit :

Voici la servante du Seigneur qu’il advienne selon ta parole.

Quelques mois plus tard, je suis réveillé brusquement.

Sur la place, des soldats romains qui criaient :

Avis à la population :

Par décret de notre empereur César Auguste

et du gouverneur de Syrie tous les hommes valides et leur famille devront se rendre dans leur ville d’origine pour s’y faire recenser..

Du coup, je dis à Joseph :

Joseph tu peux compter sur moi.  Je t’accompagne jusque Bethléem

Et nous sommes partis, Joseph, Marie et moi.

Quelle route, quelle fatigue.

Heureusement que j’étais là pour porter Marie avec 1’enfant qu’elle attendait.

Remarquez que j’étais heureux, au fond, car Marie est tellement bonne et de temps en temps elle me faisait une petite caresse.

Nous voilà enfin à Bethléem, il était temps d’arriver.

Quel monde !

Ça me faisait de la peine de voir Joseph courir d’auberge en auberge.

Monsieur l’hôtelier, auriez-vous une petite place pour ma femme et moi dans votre auberge ?

Oh, juste un petit coin, on n’est pas difficile

Ma femme attend un enfant et avec ce froid nous ne pouvons rester dehors.

Mais partout les mêmes réponses :

Mon pauvre ami, c’est complet

C ‘est complet, pas de place

Allez chercher ailleurs.

Pas de place.

Il me fait pitié le pauvre Joseph et Marie qui n’en peut p1us.

Heureusement, une servante qui nous regardait passer a eu pitié de nous.

Hep, hep, venez par ici.

Vous êtes de Nazareth, moi aussi.

Suivez-moi, derrière l’auberge il y a une grange une sorte de crèche pour les animaux.

Ce n’est pas grand-chose, mais vous serez quand même mieux que dehors pour passer la nuit.

Je passe la tête par la porte et qu’est-ce que je vois ?

Mais c’est Caracol un énorme bœuf avec ses grandes cornes

Il me dit avec sa grosse voix :

Ah c’est toi Aldiboron ? J’ai connu autrefois ton père

Rentre donc avec tes amis.

Si quelqu’un les embête, je pourrai les protéger

N ‘aie donc pas peur.

Et l’enfant, ton ami Joseph pourra l’installer dans la mangeoire. Je pourrai le réchauffer un peu.

Tout à coup, vers minuit, là, tout près de mes sabots j’ai vu quelque chose de rose et de blanc qui bougeait et gazouillait doucement.

C’était lui, oui, l’enfant et Marie qui lui souriait et Caracol qui soufflait pour le réchauffer.

Vous n’allez pas me croire.

Moi, le pauvre petit âne avec mes grandes oreilles, l’enfant m’a souri. Oui, Il m’a souri.

Jamais on ne m’avait souri de cette façon.

Comme j’étais heureux

Tout à coup, la porte s’ouvre.

Ils arrivent tous, deux, trois puis dix, vingt, des bergers qui venaient de partout.

Caracol n’était pas trop content !

Qu’est-ce qui vous prend, d’où venez-vous ? Qui vous a dit de venir ?

Et eux de répondre :

Ce sont des anges venus du ciel.

Écoutez ce qu’ils nous ont dit :

Vous les pauvres bergers, levez-vous, allez,

Vous trouverez l’enfant enveloppé de langes, couché dans une mangeoire.

Comme ils étaient beaux les anges, et ils chantaient :

LES ANGES DANS NOS CAMPAGNES

Comme c’était beau. Même moi je me suis mis à chanter

Sauf que Caracol m’a fait taire tout de suite.

Ils avaient l’air heureux tous autour de l’enfant

Comme elle était belle Marie, le visage tout illuminé d’une joie profonde, elle n’avait d’yeux que pour son petit, son fils.

Je ne suis pas très malin, forcément, je suis un âne mais j’ai compris que cet enfant-là n’était pas comme les autres.

Je les entendais dire ;

C’est le Messie, le Fils de Dieu

Alors aidez-moi à chanter :

IL EST NE LE DIVIN ENFANT

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Jean-Baptiste en prison



Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7, 18-23

En ce temps-là, Jean le Baptiste appela deux de ses disciples et les envoya demander au Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Arrivés près de Jésus, ils lui dirent : « Jean le Baptiste nous a envoyés te demander : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
À cette heure-là, Jésus guérit beaucoup de gens de leurs maladies, de leurs infirmités et des esprits mauvais dont ils étaient affligés, et à beaucoup d’aveugles, il accorda de voir. Puis il répondit aux envoyés : « Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! »


Bien des causes de tristesse dans la vie.

L’une d’entre elles est la déception. Je me souviens d’un ami, homme remarquable, bourré de diplômes, expérience rare, réussite exemplaire dans son métier.

Mais quelle déception : « Mon garçon, tu sais que je l’aime beaucoup, il est doué lui aussi, intelligence très vive, il comprend tout, il pourrait réussir ses examens sans effort, mais qu’est ce qu’il a donc en tête ? Pas de goût pour les études, bon, disons, pour les études techniques, un peu rêveur, artiste. Qu’est-ce qui l’intéresse ? La peinture….

J’avoue qu’il a un certain talent, mais… ça ne rapporte pas. Tout le monde n’est pas Gauguin ou Picasso. Et pour un qui réussit combien finissent dans la misère ! J’aurais cru qu’il allait reprendre l’affaire. À quoi bon avoir tant travaillé, avoir mis tant d’espoir. C’est comme si j’avais ouvert une route et au bout, rien. »

Cette confidence m’a bouleversée, car c’est un homme sincère, généreux et travailleur.

Le soir, en rentrant, j’ai ouvert mon évangile. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Un passage que j’avais pourtant déjà lu, mais je n’avais pas trop fait attention. Si vous le permettez, je vais vous le rappeler.

C’est au chapitre 7 de saint Luc, Jean-Baptiste est en prison.

Pendant des mois, Jean se bat. Il arrive dans le désert , prés de la rivière du Jourdain, Dieu lui a confié une mission tellement importante. Préparer l’arrivée du Messie, du Sauveur.
Ah, ce sauveur, comme on l’attend.
Voilà des siècles qu’on lit les prophètes dans les Synagogues, où on rêve de David. Lui, c’était un roi, il avait fait de notre peuple une grande nation. C’est un Sauveur comme lui qu’il nous faudrait.

Maintenant, nous sommes écrasés, qu’est-ce que je dis, humiliés, par les Romains qui occupent le territoire, nous étouffent par leurs soldats et leurs impôts.

Ils nous ont même imposé un roi, Hérode, arrivé au pouvoir à force d’intrigues, un homme corrompu et jaloux.

Je l’ai interpellé : « Quel exemple il donne à notre peuple! Avec ses banquets, son luxe, il a pris la femme de son frère. Est-ce que je pouvais me taire devant ces turpitudes et annoncer le royaume de Dieu en même temps ? Au lieu de m’écouter, il m’a fait jeter en prison. Dieu le punira, je lui ai dit: la hache est déjà au pied de l’arbre. Et tous ces branches pourries seront bientôt abattues et jetées au Feu »

Imaginez la détresse de ce grand prophète. Ce n’est pas tellement le fait d’être enfermé en prison, car il s’en doutait bien que c’était dangereux de s’attaquer à un roi aussi malfaisant, il s’en doute bien que cela finira mal, qu’Hérode finira par lui couper la tête à l’occasion d’une de ses orgies.

Ce qui le tracasse, mais vraiment le fait douter et désespérer, c’est ce qu’on lui raconte.

Deux disciples ont réussi à l’approcher et lui racontent : « Tu sais, Jésus, que tu nous as présenté comme l’agneau de Dieu, tu disais que tu n’étais pas digne de dénouer les sandales de ses pieds, il fait un tas de choses, les gens courent après lui, il guérit des malades, il parle du Royaume de Dieu. Oui, le royaume de Dieu »

– Qu’est-ce qu’il en dit ?

« Oh, c’est beau ce qu’il dit : Bienheureux les doux, bienheureux les pacifiques, heureux ceux qui pleurent car ils vont enfin recevoir une consolation. »

– Oui, oui, je comprends, mais est-ce qu’il va chasser les mauvais ? Écraser les ennemis de Dieu ? Ah mes amis, vous voyez comme je suis troublé. Je me demande si je ne me suis pas trompé. Ce n’est peut-être pas lui le Sauveur. Il va nous laisser dans le désespoir sans rien faire.

Allez lui poser une question, une question importante : « Es-tu celui qui doit venir, ou bien devons-nous en attendre un autre ? »

Les deux disciples s’en vont. Tourmentés eux aussi. C’est terrible pour notre maître Jean. Il a sacrifié toute sa vie en pensant que Jésus allait tout renverser, et maintenant il doute ! Il va mourir pour rien.

Ils arrivent près de Jésus : « Jean le baptiste nous a envoyés vers toi pour te poser une question : Es-tu celui qui vient ou devons-nous en attendre un autre ? »

Que répondre ? Jésus ne répond pas directement. Sans doute qu’il saisit le drame de Jean-Baptiste. Il sent que cet homme tout de feu, ardent envoyé de Dieu, a mis tout son espoir dans un bouleversement du monde. Il attend, il voudrait voir et savoir ce qui se passe.

Lui répondre par un discours ? Lui dire qu’il n’a rien compris ?

« Non, allez plutôt raconter à Jean ce que vous voyez et entendez. »

À ce moment, il guérit beaucoup de leurs maladies et infirmités, et esprits mauvais, et il accorde de voir à beaucoup d’aveugles.

Imaginons encore que Jean dans sa prison a dû méditer longuement ces paroles.

Les aveugles recouvrent la vue. Bien sûr que notre peuple est déboussolé, mais ce ne sont pas les armes qui lui rendront la vue, le mal est bien plus profond.

Les boiteux marchent. Quel est le souhait du Père qui aime tellement tous ses enfants, qu’il y ait encore plus de boiteux et d’estropiés à cause des guerres?

Non, mettons-nous tous au travail pour que chacun puisse marcher librement comme des enfants qui gambadent dans la joie, les lépreux sont purifiés. Les sourds entendent. C’est tout un travail en profondeur qu’il a entrepris.

Oui, il n’est pas venu uniquement pour changer quelques dirigeants corrompus, mais pour redonner à chaque être humain toute sa beauté. L’homme est fait pour entendre, parler, communiquer avec ses amis, il doit pouvoir aller partout sans qu’on le rejette comme un pestiféré ou un lépreux.

Et le dernier mot qu’il m’a transmis : les morts ressuscitent. C’est la vie qui doit triompher partout et non pas la violence et ses cortèges de morts.

Et à la fin, il a ajouté : les pauvres reçoivent la bonne nouvelle. Bien sûr, ce sont eux, ceux qui sont sans défense qui vont recevoir la bonne nouvelle d’un royaume où tous se sentiront à l’aise.

Les pauvres n’auront plus peur des Hérodes qui les jettent en prison.

Au fond, pouvait se dire Jean-Baptiste, j’ai sans doute trop cru que le royaume de Dieu allait ressembler à tous les royaumes de la terre qui sont bâtis sur la force. Celui que Jésus commence est un royaume où tout doit être inspiré par l’amour, le partage, le pardon.

Il ne suffit pas de changer les murs d’une maison, mais de lui faire respirer le bonheur et la bonté.

Je parlais au début de mon ami tracassé à cause de son garçon. Je vais essayer de lui dire ce qui est le plus important : qu’il fasse la même carrière que son remarquable père, ou bien qu’il puisse développer ses propres dons et y trouver le bonheur ?

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Madame Esther

Moi, je fais tout bien, ce n’est pas comme lui !



Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18, 9-14

Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres: «Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien et l’autre, publicain. Le pharisien se tenait là et priait en lui-même: “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes: voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine, et je verse le dixième de tout ce que je gagne.”
«Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: “Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis!” Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l’autre. Qui s’élève, sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé.»


Madame Esther, quand je lis les Évangiles, ce que nous ont raconté Marc Matthieu ou Luc, je suis frappé par les querelles qu’il y a sans cesse entre Jésus et des hommes qu’on appelle pharisiens.
Ces pharisiens, vous les avez bien connus. Je serais heureux de savoir qui ils étaient et pourquoi ils attaquent Jésus à tout moment.

Oh, vous avez bien raison, moi aussi je me suis longtemps demandé : Mais pourquoi ne s’entendent-ils pas?

Les pharisiens ne sont pas si mal que cela. J’ai même entendu dire qu’au début ils voyaient Jésus d’un bon œil. Ils l’invitaient volontiers à leur table.

Ils se sentaient donc tout proches, alors pourquoi ça a mal fini ?

Moi, je ne suis pas une fanatique de la religion, mais ces hommes-là, je les admirais. Quelle fidélité à la Loi de Moise ! Des prières tout au long du jour, une rigueur dans les détails, surtout le jour du sabbat.
Par exemple, ce jour-là, je les voyais marcher, et d’un seul coup, stop, pas un pas de plus c’est interdit par la loi.
Pas question non plus d’allumer du feu. Bref ! Des hommes de Dieu, moi, j’étais loin de suivre leur exemple.

Je reviens à ma question : pourquoi ces querelles avec Jésus ?

Vous avez entendu la petite histoire, la parabole que saint Luc vous a rapportée ? Celle du Pharisien et du publicain. Oui, eh bien vous avez tout compris.

Tout ce que dit le pharisien dans le Temple de Jérusalem est admirable :
« Je jeûne deux fois par semaine, je donne le dixième de mes biens aux pauvres »
Ce n’est pas moi qui ferait ça !

Je comprends de moins en moins. Jésus a l’air de dire que tout cela ne sert à rien, que ce n’est pas cela qui plait à Dieu.

J’ai eu du mal à comprendre moi aussi. C’est Ruben, sans s’en rendre compte qui m’a ouvert les yeux.

Un jour, il arrive à la maison : Cousine Esther, Jésus a encore guéri un aveugle ! C’est formidable, dès qu’il voit un malheureux, cela le retourne. Il ne peut pas supporter de voir des personnes démolies ou mises à l’écart. Je l’ai entendu dire : « j’ai pitié de cette foule »

Tu sais à qui il me fait penser ? à mon oncle Zacharie… quand il va dans son jardin, il est ravi de voir son blé, ses raisins, comme c’est beau. Mais cela le rend malade de voir le mildiou détruire sa vigne ou bien le chiendent qui étouffe les bonnes herbes. Tout de suite il saisit sa rasette ou son pulvérisateur pour tout guérir. Je crois l’entendre dire :  j’ai pitié de mon jardin

– Qu’est-ce que cela à voir avec la parabole de Jésus, du pharisien et du publicain ?

Regardez ce qu’il dit du publicain. C’est un percepteur, un qui ramasse les impôts.
Mal vu, méprisé, un peu voleur sur les bords. Mais il ne se sent pas bien. Et, là, tout au fond du temple derrière un pilier, il dit à Dieu, prends pitié de moi, j’ai besoin de toi, je suis comme une vigne gangrénée par le mildiou, envoie-moi un peu de bouillie bordelaise, sinon je ne m’en sortirai pas.
Celui-là, dit Jésus, je bondis pour le sauver, pour le remettre à flot. Dieu le Père, se réjouit, il peut enfin retaper une plante malade, un homme qui tombait en ruine. Dieu mon Père a pitié de tous qui sont en mauvais état et qui en souffrent.

Et le pharisien ?

Lui, il se sent trop bien : « J’observe la Loi parfaitement. Dieu m’ a donné la Loi au temps de Moïse, je l’observe au pied de la lettre, tout va bien. »

Au fond qu’est-ce qu’il dit à Dieu dans sa prière ? « Tu es bien gentil, mais je n’ai pas besoin de toi, je m’en sortirai tout seul. Je comprends que tu te décarcasses pour ces pauvres types qui crient vers toi, mais ne perds pas ton temps avec moi »

Merci, madame Esther, maintenant je comprends mieux pourquoi ces pharisiens ricanent quand Jésus vient au secours de tous les malheureux.

Vous savez, madame Esther, Les pharisiens, ça existe toujours. Il n’y a pas longtemps j’ai surpris une dame qui regardait de haut avec un sourire supérieur une pauvre femme qui brûlait un cierge à sainte Rita.
Il me semble que Jésus a dit un jour : « je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades » ça résume tout.

Vous avez raison. J’ai fait une tournée dernièrement dans votre région et je me suis rendu compte qu’il y avait pas mal de pharisiens modernes parfaits et méprisants envers les petits et les faibles. Mais j’ai aussi vu ceux qui ressemblent à l’oncle Zacharie, sans arrêt avec leur rasette à la main pour aider les malheureux, pour nettoyer le jardin, mettre de l’engrais aux salades, pardon, j’aurais dû dire, des personnes comme Jésus avec un cœur compatissant qui volent au secours de ceux qui crient et n’en peuvent plus.

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Madame Esther

Courage, relevez-vous !



Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 21, 5-19

CERTAINS DISCIPLES DE JÉSUS parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »
Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche”. Ne marchez pas derrière eux! Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. »
Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines ; des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel.
« Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom.
« Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. Mettez- vous dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »


Luc vous a raconté ce que Jésus a dit ce jour-là ?

J’étais assise sur un rocher avec Suzanna ma voisine, la pauvre tremblait de tous ses membres quand Jésus a commencé à parler.

D’ici, vous voyez le Temple, comme il est magnifique, et bien, je vous dis : des jours viendront où il ne restera pas pierre sur pierre.

Il a continué : des guerres, des désordres, des tremblements de terre, des famines, des épidémies, de grands signes dans le ciel

Suzanna est très sensible, elle s’est mise à trembler quand il a dit : on vous persécutera, on vous fera comparaître devant des rois, vous serez livrés par vos parents, vos amis. 

Vous savez que j’ai déjà vécu longtemps et j’en ai vu des catastrophes et des guerres depuis des siècles, à commencer par la destruction de notre Temple de Jérusalem en l’an 70, mais je l’avoue, j’ai regretté d’avoir amené Suzanna pour écouter Jésus.

D’habitude, ses paroles nous remplissent de joie. Il nous parle de Dieu comme d’un Père, il nous dit de nous aimer les uns les autres. Ce jour-là, il nous a terrifiées.

Moi, J’étais confuse, surtout quand Suzanna m’a dit : Esther, ton prophète, Jésus, il n’est pas mieux que les autres !

Quels autres ?

Ben, les autres prophètes qui parcourent le pays en menaçant : changez de vie, le ciel va vous tomber sur la terre… Ou bien, sortez de chez vous, venez avec moi, je suis le Messie, nous allons nous battre contre les Romains. Ils cherchent tous à nous faire peur.

Ça m’a tracassé toute la nuit.
Je me disais : Ce n’est pas possible ! Jésus n’est pas comme eux, il veut le bonheur de tous les enfants de Dieu.
C’est au matin que j’ai compris. J’avais oublié la fin de son discours.

Devant les rois qui vous persécutent, vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. Pas un cheveu de vote tête ne sera perdu, c’est par votre persévérance que vous garderez votre vie

Voilà. Maintenant, c’est clair. Jésus est réaliste, il sait qu’il y aura toujours des guerres, des méchancetés, les hommes sont méchants. Mais lui, il ajoute toujours : N’ayez pas peur, le mal n‘est pas le plus fort.

Réaliste mais pas fataliste. Les autres disent, rien à faire ! Lui il dit : courage, relevez-vous !

Je suis allée revoir Suzanna :
Ne me dis pas : rien à faire, je suis paralysé pour toute ma vie. On ne peut pas lutter contre le mal.

Confiance, n’aies pas peur. Tu peux surmonter ton mal, tu sais quel est un des grands mots de Jésus ? Lève-toi et marche.  Ne te laisse pas écraser, marche.

Maintenant que je vous ai raconté ce que j’ai vécu ce jour-là, moi, Esther, je vous dis aujourd’hui, ne vous laissez pas écraser, levez-vous !

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Qui est Jean le Baptiste ?

 


 


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 3, 1-6

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée, son frère Philippe, prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias, prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe: À travers le désert, une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux deviendront droits; les routes déformées seront aplanies; et tout homme verra le salut de Dieu.


Bonjour. Mardi matin, la journée a commencé d’une façon bizarre. Je venais à peine de finir mon café, quand le cousin Georges déboule dans la maison.

– Tu ne sais pas ce que j’ai trouvé ? Un document unique, sensationnel.

– Parle toujours…Il faut vous dire que Georges est un sacré farceur, il a toujours des histoires invraisemblables.

-Eh bien, qu’est-ce que tu as donc trouvé ?

– C’est un vieux document du temps de Jésus Christ. Tout ce qu’il y a de plus authentique. C’est un employé du temple de Jérusalem qui envoie un rapport à son chef, le garde du temple.

– Bon, montre-moi cela. Avec Georges, ce n’est pas la peine de discuter. Voyons ce que raconte ton fameux document.

J’ai lu pour lui faire plaisir en faisant semblant de le croire.

J’avoue que c’est amusant et on a l’impression d’être dans la peau de ceux qui ont vécu autrefois :

Je vais vous le lire. Vous n’êtes pas non plus obligé de croire que ce document est vrai, mais je vous donne un conseil. Si vous voulez du solide, allez relire ce que dit saint Luc au chapitre 3 de son évangile. C’est plus sérieux.

Voyons ce que le cousin Georges a encore inventé. C’est écrit sur une espèce de vieux parchemin…

Monsieur le Chef des gardes du Temple de Jérusalem,

Comme vous me 1’avez demandé, moi votre serviteur Ruben ben Gurion, je suis arrivé au bord de la rivière qui s’appelle Jourdain. Et j’ai commencé à observer.
Je le fais volontiers pour vous, parce que vous m’avez promis une bonne récompense pour aider ma petite famille, les temps sont durs.

C’est bien vrai. Il y a ici une foule qui arrive de tous les côtés. J ‘ai demandé à un homme :
– Qu’est-ce qui se passe ?

– Tu ne vois donc pas, c’est le prophète, c’est lui, Jean, c’est certainement le Messie.

– Cela m’a paru louche. C’est même dangereux. Vous m’avez dit vous-même qu’en ce moment il y a des illuminés qui se prétendent prophètes et qui ameutent les foules.

Je dis à ce monsieur :
– Vous n’allez quand même pas vous exciter parce que ce Jean a une grande barbe et qu’il est vêtu de peaux de bête

Il me regarde comme si je tombais d’une autre planète.

– Regardez comment il vit, ici dans le désert, il se nourrit de rien, de sauterelles, il ne vit que pour Dieu.

– Et d’où sort-il ? Moi aussi, je pourrais dire que je suis prophète

– Justement, il est envoyé par Dieu. Tout le monde le sait. Son papa, Zacharie, a eu une vision dans le temple à Jérusalem un ange lui a annoncé la naissance de son fils.
Et vous qu’est-ce qui vous amène ici, un ange ou un démon ? D’ailleurs, vous n’avez qu’à l’écouter.

– C’est ce que j’ai fait, je me suis approché, discrètement dans la foule au milieu de tous ces fanatiques.
J’avoue que j’ai été surpris. Je pensais que c’étaient tous des miséreux. Quand on a faim, on est prêt à écouter tous les braillards qui promettent une révolution. Je pense à mon neveu qui est au chômage. Ma femme me disait :
– Ah ce bon petit Jonathan, si ton chef pouvait l’embaucher pour les travaux dans le temple.
– C’est sûr que lui aussi irait volontiers écouter Jean. Il est comme tous ceux qui attendent une vie meilleure dans notre pays, ils sont prêts à suivre n’importe quel Messie pour sortir de la pauvreté, même à se battre.

Je disais, il n’y a pas que les malheureux qui sont venus au Jourdain. À côté de moi, il y avait des soldats, oui, des soldats.
Je me suis même dit: Si les soldats commencent à suivre cet homme, nous sommes mal partis. On ne pourra plus contrôler la masse du peuple.
Il y avait aussi des religieux, des pharisiens, qui discutaient entre eux : ce Jean parle bien, disait l’un, mais non, disait l’autre, c’est un dangereux illuminé qui ne connaît pas la Loi de Moïse

J’ai entendu ses prêches. Il n’y va pas de main morte : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré de vous soustraire à la colère qui va venir? »
C’est tout dans ce style-là. Je me demandais comment les gens continent à l’écouter.

Est-ce que ça leur plaît de se faire insulter ?

Et puis il injurie notre nation : « Ne dîtes pas, nous sommes les fils d’Abraham, car avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham »

C’est un peu fort ! Est-ce que cela veut dire que Dieu va nous rejeter, , nous les Juifs et faire appel à d’autres peuples ? Vous qui êtes instruit, Maître, vous savez mieux que moi, que les fils d’Abraham, c’est nous et personne d’autre

Je n’ose pas trop continuer parce que ça n’a pas de sens.

Par exemple, il a crié un jour : « Que celui qui a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas. Et que celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même »

Dans la foule, des gens applaudissent. Mais où allons-nous s’il faut tout partager ?
Par exemple, vous, la fortune que vous avez, c’est bien parce que vous l’avez méritée.

Quand il parle aux publicains, les ramasseurs d’impôts, qu’est-ce qu’ils prennent !

« N’exigez rien en plus de ce que devez faire payer »

Là je suis d’accord. J’en ai connu qui ramassaient des impôts pour notre temple et qui en profitaient pour s’enrichir d’une façon scandaleuse.

Ce Jean, il ne manque pas de courage, écoutez ce qu’il disait aux soldats :

« Ne faîtes de violence à personne, n’extorquez rien, et contentez-vous de votre solde »

C’est assez osé, mais il devrait se méfier un peu, parce que les soldats finiront par le rattraper un jour. J’ai aperçu des soldats d’Hérode. Qu’est-ce qu’ils faisaient là. J ‘ai l’impression qu’ils venaient pour espionner.

Voilà ce que j’ai vu et entendu, Maître, et que je vous rapporte fidèlement en pensant à toutes vos bontés envers votre serviteur.

Ah, j’oubliais. Il a dit une chose qui a intrigué beaucoup de personnes.

Mes voisins me disaient : c’est sûr, c’est lui le Messie que nous attendons depuis des siècles.

Mais tout d’un coup, Jean s’est écrié : moi, je vous baptise dans l’eau, mais il vient celui est plus fort que moi

Il y a donc quelqu’un d’autre qui va arriver. Personne n’a rien compris. Il faudra sans doute être vigilant, car les foules sont toujours prêtes à s’enflammer et à suivre des illuminés.

Je comprends qu’avec la garde du temple, vous avez peur qu’il y ait des émeutes et que les Romains en profitent pour nous massacrer. J’espère que mon rapport pourra vous aider.

Pour l’instant, je crois que vous n’avez pas trop à vous tracasser.

Jean n’a demandé à personne de prendre les armes. Tout ce qu’il fait, c’est demander à ceux qui arrivent de changer de vie, de se convertir, comme il dit.
Et en même temps, il les fait descendre dans la rivière, il prend de l’eau et les asperge sur la tête. C’est cela qu’il appelle un baptême de repentir pour la rémission des péchés.
Je ne suis pas assez savant pour comprendre ce que cela veut dire. De toutes façons

il ajoute que celui qui doit venir – on ne sait pas qui – baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Ça, je le comprends encore moins.

Voilà, maître, ce que j’ai pu voir et entendre. Je suis toujours à votre disposition pour vous informer.

Signé : votre serviteur, Ruben ben Gurion.


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Madame Esther

Conte de Noël : Les visiteurs de Mr Jeremias



Mr Jeremias est un homme bien.
Quand il passe dans la rue tout le monde s’incline.
Son auberge est vaste et confortable.
Ses enfants sont bien élevés dans la saine tradition de nos pères.
Mr Jeremias est très religieux, il va souvent à la synagogue écouter la lecture des prophètes. Il donne pour les pauvres.
Mais aujourd’hui, quelque chose le tracasse, il se lamente, il gémit.

Seigneur, je fais tout ce qui est écrit dans la Loi de notre prophète Moise, je chante les psaumes avec la chorale, je fais ta louange tous les jours, mais, mais, pardonne-moi ce que je voudrais te dire  oh Seigneur.

Je voudrais te rencontrer, te voir, parler un peu avec toi. Je le mérite bien n’est-ce pas ?
Juste une minute, comme avec un ami.

Soudain une voix tombe du ciel: Tu as raison, Jeremias, tu l’as bien mérité. Patience, demain je viens chez toi.. Prépare-toi à me recevoir.

Quelle joie, quelle faveur, mon Seigneur vous allez venir chez moi ? Quand je vais raconter cela à ma femme et à mes voisins ..

Le lendemain tout est prêt, la maison balayée, nettoyée, des fleurs sur la table, un chevreau mijote dans le four, avec du miel et des dattes toutes fraiches. Jeremias s’est surpassé, tout est prêt.

Tu peux venir oh Seigneur,  ton serviteur t’attend.

Oh merveille, il frappe à la porte, c’est lui ? Non, qui c’est ? Une espèce de journalier avec ses mains rugueuses, qu’est-ce qu’il veut ?

Ah, c’est embêtant, excusez-moi, brave homme mais j’attends une visite importante, revenez demain matin, s’il vous plait.

C’est vrai, Moise nous dit qu’il faut aider les pauvres, mais aujourd’hui, je ne peux quand même pas faire affront à Dieu, lui dire, « un instant , je donne un bout de pain à ce vieux et je suis à toi. »
Oui, j’ai bien fait de le mettre dehors.

Bon, qui frappe encore à la porte?  Une femme, belle, mais elle a l’air fatiguée.
Elle me supplie : Laissez moi me reposer un moment dans votre belle maison.

– Justement, madame, ma maison, je viens de l’astiquer pour une visite importante, vous savez ce que c’est quand on entre avec des chaussures toutes sales.
Je ne vous mets pas dehors, pardonnez-moi, mais vous me comprenez, si Dieu remarque vos traces de pas, qu’est-ce qu’il va penser de moi ?

Que je le reçois comme un malpropre ?
Allez plutôt chez le voisin, il y aura peut-être de la place pour vous.

Les heures passent, le jour avance, le soir tombe, rien, rien, pas de visite de Dieu.
Mais qu’est-ce qu’il fait ? il m’avait promis, ah si on ne peut même plus se fier aux promesses de Dieu. C’est tout comme les politiques avec leurs promesses.

La nuit est tombée, les bougies sont allumées.  Jeremias, vexé, bougon, grogne, peste, murmure.

Tout à coup, un courant d’air, Jeremias se retourne.
Qui va là ?

Ne crains pas, Jeremias, c’est moi ton Dieu, je suis là.

Ah il était temps, je commençais à me dire..

 A te dire quoi ? que je ne ne suis pas venu. ? mais mon bon Jeremias, ouvre les yeux, je suis venu, oui, je suis venu, mais tu ne m’as pas reconnu; lui, Joseph venu de Nazareth,  en  recherche d’une auberge pour Jésus qui allait naitre; et la femme,  sais-tu qui elle est ? Marie,  que tu as renvoyée malgré sa fatigue.  Tu sais où elle a abouti, par ta faute ? Dans une étable, c’est là qu’est venu son fils Jésus.
Eux, le bœuf et l’âne l’ont bien accueilli.

Ah, Seigneur, si j’avais su ! Dans une étable ? ce n’est pas possible ! Comment j’ai pu faire ça ?

 Eh oui, Jeremias ! Change tes yeux. Moi, Dieu je ne suis pas comme tu penses. Je ne réclame pas des palais ni de beaux habits. Si tu veux me voir, viens chez les plus petits, c’est là que je veux être.

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Madame Esther

Tenez-vous prêts !



Remarque : ce conte fait référence à 2 Évangiles et fait référence aussi au temps de l’Avent
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 24, 37-44
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 13, 33-37

Bonjour, c’est toujours moi, Madame Esther.

Je vous ai souvent parlé de Jésus, moi qui suis juive. C’est que je suis très impressionnée par tout ce qu’il a fait, et ce qu’il a dit… Et je trouve que ses paroles sont toujours d’actualité.
Vous ne me croyez pas ? Tenez, je vous raconte les dernières paroles que j’ai entendues. Je crois que Matthieu les a notées aussi.

Jésus rappelait l’histoire de Noé avec le déluge. Une inondation terrible comme celles que vous connaissez encore aujourd’hui. Oui, un déluge, c’est terrible ! Mais pour Jésus, il y a quelque chose de plus grave, vous avez entendu ?

« Avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui a tout engloutis. »

Donc, l’insouciance des gens ! Est-ce que ce n’est pas encore vrai ?
Je ne sais plus qui disait : Metro, boulot, dodo.
Une vie sans horizons, on consomme, on s’amuse, on rigole.

Je m’excuse de dire ça, mais pendant ma longue vie j’en ai vu des milliers de personnes, des inconscients qui s’empiffrent sans prendre conscience des foules d’enfants qui souffrent, qui ont faim tout près d’eux. Un beau jour, ils se réveilleront stupéfaits et paniqués, mais trop tard.

L’autre jour, un gros monsieur me disait : vous vous rendez compte, si tous ces migrants nous tombent dessus, qu’est-ce qui va se passer ? Ça va être comme une inondation.

Je lui ai répondu :  vous avez raison, si vous continuez à faire bombance sans essayer de les aider, un beau jour vous l’aurez le déluge.
Entendez les paroles de Jésus « Tenez-vous prêts, c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de L’homme viendra ».
C’est bien cela, l’insouciance, je devrais dire l’inconscience. On ferme les yeux sur ce qui se passe et un beau jour, c’est la catastrophe.

Il y a des personnes qui ressemblent au gros chat de ma tante qui passe tout son temps à ronronner sur son coussin. Quelle belle vie, mais gare au jour où les rats vont envahir la maison !

Vous avez un pape, je crois qu’il s’appelle François. Je l’aime bien. Et il dit les choses sans langue de bois.
Aux milliers de jeunes qui l’écoutaient en Pologne, Il n’a pas mâché ses mots : « Ne confondez pas le bonheur avec le canapé. »

J’ai compris ce qu’il veut dire : Tenez-vous prêt. Ne pensez pas uniquement à votre bonheur matériel, ni même à votre situation financière à vous, ou pire à vos plaisirs égoïstes.

Il y a des choses plus importantes dans la vie. Vous, qui êtes jeunes, ne vous attardez pas sur vos jeux vidéo, dans votre canapé, il y a un tas d’aventures qui vous attendent. Mais de belles aventures qui rempliront votre cœur de joie et de fierté.

Permettez-moi un conseil :
J’ai entendu dire que c’est le temps de l’Avent, une préparation à votre belle fête de Noël. Donc, « Tenez-vous prêts » voyez ce que vous pouvez faire, là où vous êtes, pour donner un peu de vrai bonheur à ceux qui sont désespérés.

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Mamie Gisèle

Le canard sans ailes



Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 10, 17-27

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se laissa tomber à ses genoux et lui demanda: «Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle? »
Jésus lui dit: «Pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements: Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.» L’homme répondit: «Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse.» Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Il lui dit: «Une seule chose te manque: va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel; puis viens et suis-moi.» Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples: «Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu!» Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend: «Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.»
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux: «Mais alors, qui peut être sauvé?» Jésus les regarde et répond: «Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu; car tout est possible à Dieu.»


Grand-mère, tu veux bien m’expliquer quelque chose ?

– Allez, assieds-toi, dis-moi. Qu’est-ce que tu ne comprends pas ?

Tu sais, dimanche, Mr l’abbé a lu un évangile qui parlait d’un jeune homme riche.

 – Oui, celui qui était venu trouver Jésus pour lui demander ce qu’il devait faire ? Un jeune homme très bien.

C’est ça, et ce jeune homme au lieu de suivre Jésus, est parti. Mais je ne comprends pas pourquoi il est parti tout triste.

Pourtant, à sa maison, il avait tout ce qu’il fallait, il avait de grands biens, c’est ce que j’ai entendu. Il a dû être content de revenir chez lui.

– Écoute bien, je vais te raconter ce qui m’est arrivé l’autre jour. Regarde par la fenêtre, qu’est-ce que tu vois ?

Et bien… Je vois Trompette le plus beau canard de la ferme. Il a de si belles plumes, j’aime bien le regarder lorsqu’ il se promène dans la cour, en redressant le cou, il a l’air d’un roi.

Et quand il nage dans la mare, il est encore plus beau. On dirait qu’il a un petit moteur, il avance sans faire de vagues. Moi, je voudrais bien savoir nager comme lui.

On dirait que tous les autres canards, les poules, les dindons, et même le chien Philou sont comme jaloux, tellement il est bien.

– Maintenant, ma petite Camille, écoute-moi bien.

L’autre jour, j’étais assise sur le banc dans la cour, je n’étais pas très en forme ce jour-là, j’étais un peu triste.  Les soucis et mes rhumatismes. Bref… Comme Trompette passait devant moi, je me surpris à lui parler. Ah ouais, t’as bien de la chance Trompette… comme tu dois être heureux toi.

Mais Mamie, un canard, ça ne parle pas !

– Mais le mien, il m’a raconté sa vie ! J’en suis encore toute bouleversée.

Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Tu peux me le dire, je ne le raconterai à Personne.

– Et bien, du tac au tac, il m’a répondu :

— Personne ne comprend combien je suis triste.

– Triste ? Ce n’est pas possible tu as tout ce qu’il te faut ici, tu manges bien, tu nages tous les jours, tout le monde t’admire.

— Alors vous croyez qu’un canard est fait seulement pour bouffer, pour se glisser dans l’eau.

Regardez donc en haut…Moi, je suis fait pour voler, pour planer sur les nuages, pour me laisser aller au gré des vents, pour regarder les maisons et les arbres d’en haut, du haut du ciel.
Et je suis ici à me traîner comme n’importe quel dindon.

– Mais, Trompette, tu n’as qu’à voler, tu as des ailes, de belles ailes. Vas-y, lance-toi, je serai la première à t’applaudir et tu reviendras me raconter tout ce que tu as observé de là-haut.

— Ne soyez-pas si cruelle, vous ne voyez donc pas qu’ils m’ont coupé les ailes. J’ai beau les étendre, là regardez, elles ne sont plus capables de me supporter.

J’ai déjà essayé de me lancer du haut du tas de paille, mais rien à faire. Je ne suis plus un canard de haut vol, je vous le dis, je ne suis qu’un gros dindon tout juste bon à se pavaner.

Mais comme je suis triste à l’intérieur !

-Allons, Trompette, ne te désespère pas. Tes ailes peuvent repousser, tu pourras encore voler dans le ciel.

— C’est trop tard ! Même si mes ailes repoussent je suis devenu trop gros et gras. Ils m’ont engraissé.
Le pire, c’est que je me suis habitué, je ne peux plus vivre sans ma pâtée de tous les jours.
Tous les matins, au lieu de lever les yeux vers le ciel, comme un vrai canard né pour les grands horizons, je guigne vers la porte.
Quand est-ce qu’elle viendra avec la bouffe ? Je fais exactement comme le chien Philou, mais pour lui, c’est normal, il n’a pas d’ailes pour voler.

C’est triste, Mamie, ce que tu me racontes-là. Pauvre Trompette c’est dommage qu’il ne peut plus voler.

Mais dis-moi, pourquoi tu me racontes l’histoire du canard triste ?

– Parce que c’est ce qui s’est passé avec le jeune homme de l’évangile.

Lui aussi, il aurait pu être un grand Apôtre comme Pierre ou Jacques ou Jean. C’était un jeune homme très bien. Il désirait faire de grandes choses avec Jésus, mais on peut dire qu’il avait les ailes coupées.
On peut dire aussi qu’il était gavé comme un gros canard avec ses richesses. Il n’était plus capable de se lancer.

Comprends-tu cela ?

Oui, oui, Mamie, je crois que je comprends ce qui s’est passé.

Est-ce que tu crois qu’il y a aujourd’hui beaucoup de personnes qui ressemblent à ce jeune homme riche, ou à mon canard Trompette ?

– Beaucoup, je ne sais pas. Mais j’ai connu des amis qui étaient très bien, mais au fond de leur cœur, on sentait comme une tristesse. Ils sentaient bien qu’ils étaient faits pour voler bien haut, mais pour eux, c’était tous les jours, se lever, manger, partir travailler, revenir, s’installer devant la télé, manger, dormir, et le lendemain recommencer.

Comme le beau canard qui tourne en rond dans la cour en regardant tristement vers le ciel.

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Mamie Gisèle

Quel Déluge !



Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17, 26-37

Jésus disait à ses disciples: «Ce qui se passera dans les jours du Fils de l’homme ressemblera à ce qui est arrivé dans les jours de Noé. On mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche. Puis le déluge arriva, qui les a tous fait mourir.
«Ce sera aussi comme dans les jours de Loth: on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait; mais le jour où Loth sortit de Sodome, Dieu fit tomber du ciel une pluie de feu et de soufre qui les a tous fait mourir; il en sera de même le jour où le Fils de l’homme se révélera. Ce jour-là, celui qui sera sur sa terrasse, et qui aura ses affaires dans sa maison, qu’il ne descende pas pour les emporter; et de même celui qui sera dans son champ, qu’il ne retourne pas en arrière. Rappelez-vous la femme de Loth. Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera. Je vous le dis: Cette nuit-là, deux personnes seront dans le même lit: l’une sera prise, l’autre laissée. Deux femmes seront ensemble en train de moudre du grain: l’une sera prise, l’autre laissée.»
Les disciples lui demandèrent: «Où donc, Seigneur?» Il leur répondit: «Là où il y a un corps, là aussi se rassembleront les vautours.»


Dieu dit à Noé : Entre dans l’Arche, toi et ta maison, car je t’ai vu juste parmi cette génération _ Genèse 7

L’Arca, l’immense vaisseau géostationnaire, poursuivait sa course silencieuse sur son orbite. Ses habitants regardaient sidérés le spectacle qui se déroulait sous leurs yeux.

Le passage sur Notre Dame de Paris les avait effrayés, ces gens venus des périphéries qui se battaient sur le parvis, le pillage du centre de la ville….

Plus loin, agonisaient les rares survivants d’Alexandrie. Un couple vietnamien détourna la tête, malgré son impassibilité coutumière, lorsqu’ils survolèrent le Mékong.

Certes, tous remerciaient en eux-mêmes le professeur Nohet de les avoir soustraits à cette folie insensée en les embarquant dans son vaisseau.
Mais ce qu’ils avaient laissé en bas les remplissait d’amertume et de tristesse.

Comment l’humanité avait-elle pu en arriver là ? Un déluge de feu, des destructions, des massacres en série. Les peuples qui se jetaient les uns sur les autres. L’humanité était comme submergée par des eaux noirâtres, personne ne survivrait à un tel cataclysme…

La voix du Maître retentit dans les interphones, voix douce et ferme à la fois, voix de celui qui à temps vu monter la folie des hommes et planifié l’après-déluge.

– Mes enfants, voici quarante jours sidéraux que nous vivons ensemble, quarante Jours qui nous ont permis de comprendre, de méditer où nous conduisait l’égoïsme et la violence.
Hélas, vous avez vu de vos yeux ce qui est advenu. Maintenant, regardez l’avenir. Vous avez refait vos forces, vous vous êtes préparés. Tous ensemble, vous devez rebâtir la terre.

L’heure est venue de repartir chez vous.

-Mais, professeur Nohet, s’écria Aurora, c’est impossible, regarde mon pays, mon cher Pérou. Il ne reste rien.

-Ne crois pas cela, Aurora, regarde bien, vois ces petites plantes d’espoir qui commencent à percer sur les terres dévastées, comme des perce-neiges après l’hiver, comme des rameaux d’olivier qui reverdissent.
Tu les chercheras et tu les aideras à grandir, tous ces humains de bonne volonté qui ont souffert, et qui ont refusé de se joindre à la violence. Retrouve-les, ces colombes de la paix, et ensemble, vous referez un monde meilleur…

-Oui, sans doute, mais nous sommes tellement peu !

-Rassure-toi, je reste avec vous. Dans les moments difficiles, vous regarderez le ciel et vous découvrirez que vous n’êtes pas seuls.

Sur ces paroles énigmatiques, les mille portes de l’Arca s’ouvrirent, les navettes s’élancèrent.
Elles partaient dans tous les sens, survolaient les continents et se posaient sur les terres à remodeler.

La navette 7105 parvint vite à son lieu de destination. Jeanne et Paul en descendirent. Oui, nous sommes bien chez nous, c’est bien notre rue, ce sont bien nos vignes.
Allons, mettons-nous au travail.

C’est alors que Jeanne leva les yeux, la navette repartait dans un sifflement strident.

Et merveille ! Entre la terre et le ciel s’élevaient, majestueuses et réconfortantes, toutes les couleurs de l’arc en ciel.

Jeanne prit la main de son époux. Non, nous ne sommes pas seuls, non la méchanceté des hommes ne l’emportera pas.