Jean-Baptiste en prison



Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7, 18-23

Bien des causes de tristesse dans la vie.

L’une d’entre elles est la déception. Je me souviens d’un ami, homme remarquable, bourré de diplômes, expérience rare, réussite exemplaire dans son métier.

Mais quelle déception : « Mon garçon, tu sais que je l’aime beaucoup, il est doué lui aussi, intelligence très vive, il comprend tout, il pourrait réussir ses examens sans effort, mais qu’est ce qu’il a donc en tête ? Pas de goût pour les études, bon, disons, pour les études techniques, un peu rêveur, artiste. Qu’est-ce qui l’intéresse ? La peinture….

J’avoue qu’il a un certain talent, mais… ça ne rapporte pas. Tout le monde n’est pas Gauguin ou Picasso. Et pour un qui réussit combien finissent dans la misère ! J’aurais cru qu’il allait reprendre l’affaire. À quoi bon avoir tant travaillé, avoir mis tant d’espoir. C’est comme si j’avais ouvert une route et au bout, rien. »

Cette confidence m’a bouleversée, car c’est un homme sincère, généreux et travailleur.

Le soir, en rentrant, j’ai ouvert mon évangile. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Un passage que j’avais pourtant déjà lu, mais je n’avais pas trop fait attention. Si vous le permettez, je vais vous le rappeler.

C’est au chapitre 7 de saint Luc, Jean-Baptiste est en prison.

Pendant des mois, Jean se bat. Il arrive dans le désert , prés de la rivière du Jourdain, Dieu lui a confié une mission tellement importante. Préparer l’arrivée du Messie, du Sauveur.
Ah, ce sauveur, comme on l’attend.
Voilà des siècles qu’on lit les prophètes dans les Synagogues, où on rêve de David. Lui, c’était un roi, il avait fait de notre peuple une grande nation. C’est un Sauveur comme lui qu’il nous faudrait.

Maintenant, nous sommes écrasés, qu’est-ce que je dis, humiliés, par les Romains qui occupent le territoire, nous étouffent par leurs soldats et leurs impôts.

Ils nous ont même imposé un roi, Hérode, arrivé au pouvoir à force d’intrigues, un homme corrompu et jaloux.

Je l’ai interpellé : « Quel exemple il donne à notre peuple! Avec ses banquets, son luxe, il a pris la femme de son frère. Est-ce que je pouvais me taire devant ces turpitudes et annoncer le royaume de Dieu en même temps ? Au lieu de m’écouter, il m’a fait jeter en prison. Dieu le punira, je lui ai dit: la hache est déjà au pied de l’arbre. Et tous ces branches pourries seront bientôt abattues et jetées au Feu »

Imaginez la détresse de ce grand prophète. Ce n’est pas tellement le fait d’être enfermé en prison, car il s’en doutait bien que c’était dangereux de s’attaquer à un roi aussi malfaisant, il s’en doute bien que cela finira mal, qu’Hérode finira par lui couper la tête à l’occasion d’une de ses orgies.

Ce qui le tracasse, mais vraiment le fait douter et désespérer, c’est ce qu’on lui raconte.

Deux disciples ont réussi à l’approcher et lui racontent : « Tu sais, Jésus, que tu nous as présenté comme l’agneau de Dieu, tu disais que tu n’étais pas digne de dénouer les sandales de ses pieds, il fait un tas de choses, les gens courent après lui, il guérit des malades, il parle du Royaume de Dieu. Oui, le royaume de Dieu »

– Qu’est-ce qu’il en dit ?

« Oh, c’est beau ce qu’il dit : Bienheureux les doux, bienheureux les pacifiques, heureux ceux qui pleurent car ils vont enfin recevoir une consolation. »

– Oui, oui, je comprends, mais est-ce qu’il va chasser les mauvais ? Écraser les ennemis de Dieu ? Ah mes amis, vous voyez comme je suis troublé. Je me demande si je ne me suis pas trompé. Ce n’est peut-être pas lui le Sauveur. Il va nous laisser dans le désespoir sans rien faire.

Allez lui poser une question, une question importante : « Es-tu celui qui doit venir, ou bien devons-nous en attendre un autre ? »

Les deux disciples s’en vont. Tourmentés eux aussi. C’est terrible pour notre maître Jean. Il a sacrifié toute sa vie en pensant que Jésus allait tout renverser, et maintenant il doute ! Il va mourir pour rien.

Ils arrivent près de Jésus : « Jean le baptiste nous a envoyés vers toi pour te poser une question : Es-tu celui qui vient ou devons-nous en attendre un autre ? »

Que répondre ? Jésus ne répond pas directement. Sans doute qu’il saisit le drame de Jean-Baptiste. Il sent que cet homme tout de feu, ardent envoyé de Dieu, a mis tout son espoir dans un bouleversement du monde. Il attend, il voudrait voir et savoir ce qui se passe.

Lui répondre par un discours ? Lui dire qu’il n’a rien compris ?

« Non, allez plutôt raconter à Jean ce que vous voyez et entendez. »

À ce moment, il guérit beaucoup de leurs maladies et infirmités, et esprits mauvais, et il accorde de voir à beaucoup d’aveugles.

Imaginons encore que Jean dans sa prison a dû méditer longuement ces paroles.

Les aveugles recouvrent la vue. Bien sûr que notre peuple est déboussolé, mais ce ne sont pas les armes qui lui rendront la vue, le mal est bien plus profond.

Les boiteux marchent. Quel est le souhait du Père qui aime tellement tous ses enfants, qu’il y ait encore plus de boiteux et d’estropiés à cause des guerres?

Non, mettons-nous tous au travail pour que chacun puisse marcher librement comme des enfants qui gambadent dans la joie, les lépreux sont purifiés. Les sourds entendent. C’est tout un travail en profondeur qu’il a entrepris.

Oui, il n’est pas venu uniquement pour changer quelques dirigeants corrompus, mais pour redonner à chaque être humain toute sa beauté. L’homme est fait pour entendre, parler, communiquer avec ses amis, il doit pouvoir aller partout sans qu’on le rejette comme un pestiféré ou un lépreux.

Et le dernier mot qu’il m’a transmis : les morts ressuscitent. C’est la vie qui doit triompher partout et non pas la violence et ses cortèges de morts.

Et à la fin, il a ajouté : les pauvres reçoivent la bonne nouvelle. Bien sûr, ce sont eux, ceux qui sont sans défense qui vont recevoir la bonne nouvelle d’un royaume où tous se sentiront à l’aise.

Les pauvres n’auront plus peur des Hérodes qui les jettent en prison.

Au fond, pouvait se dire Jean-Baptiste, j’ai sans doute trop cru que le royaume de Dieu allait ressembler à tous les royaumes de la terre qui sont bâtis sur la force. Celui que Jésus commence est un royaume où tout doit être inspiré par l’amour, le partage, le pardon.

Il ne suffit pas de changer les murs d’une maison, mais de lui faire respirer le bonheur et la bonté.

Je parlais au début de mon ami tracassé à cause de son garçon. Je vais essayer de lui dire ce qui est le plus important : qu’il fasse la même carrière que son remarquable père, ou bien qu’il puisse développer ses propres dons et y trouver le bonheur ?

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