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Recits

les voleurs dans la maison


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu 24

Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »


Ah ma bonne Ernestine, si tu voyais les dégâts, j’ai été cambriolée.  Ma fenêtre brisée, les meubles renversés, et mes papiers envolés, ces voyous m’ont tout pris, tout saccagé. Pourtant il y avait une affiche vigie pirate. C’est comme si la maison s’était effondrée. Tu te rends compte : un mois avant Noël !  j’avais bien prévu une belle fête avec les enfants avec plein de jouets. Fini, tout cela !

Ma pauvre Christine, quel choc pour toi ! Ce sera un bien triste Noël, c’est vrai. Mais laisse moi te redire ce que tu m’as dit l’autre jour, tes inquiétudes, les tensions avec ta belle fille, les jalousies, les cousins qui ne se parlent plus. C’est bien plus dangereux qu’un cambriolage et qu’une fenêtre brisée. Tu avais peur que la famille s’écroule, que tout se disloque

Tu veux un conseil ? regarde du côté de Noël. Marie et Joseph avaient des raisons de se  lamenter dans la crèche. Or, c’était tout le contraire, c’était  la paix, la simplicité, le bonheur vrai, du solide quoi.  Cela tu ne le trouve probablement pas dans un supermarché.

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Madame Esther

Soyez comme un enfant



Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 9, 33-37

Jésus et ses disciples avaient traversé la Galilée et ils arrivaient à Capharnaüm.

Une fois à la maison, Jésus leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »

Les disciples se taisaient, car, sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.

S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Prenant alors un enfant, Jésus le plaça au milieu d’eux, l’embrassa et leur dit :

« Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ne m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a envoyé »


Le jour du baptême beaucoup de parents choisissent une belle lecture de l’évangile, celle où saint Marc par exemple nous raconte comment des mamans étaient venues présenter leurs petits enfants à Jésus. Ils ont raison, car c’est bien une originalité de la foi chrétienne de donner tant d’importance aux petits et aux enfants.

Alors, faisons un bond en arrière et allons filmer, écouter ce qui s’est passé ce jour-là.

L’enfant Mardochée rentre à la maison en courant:

– maman, je l’ai vu,

– qui ça, tu l’as vu ?

– Jésus, il est passé dans la rue. Avec les copains on a couru, Même que Joshua a dit : attention, ne criez pas, il va nous rembarrer parce qu’on fait trop de bruit. Il va faire comme le rabbin l’autre jour quand il a crié contre nous, allez-vous en galopins, ce n’est pas votre place ici à la synagogue, c’est pour les grandes personnes, quand vous aurez 12 ans, vous pourrez entrer et lire les Écritures, mais en attendant, dehors.

– Il avait bien raison le rabbin, répond la maman, parce que vous êtes des turbulents, vous gênez tout le monde surtout quand on a envie de prier ou de discuter sur ce que les prophètes nous ont dit.

– Et bien, lui, Jésus, il ne nous a pas fait partir. Au contraire, si tu avais vu, maman, comme il nous a parlé. C’est comme si on était les plus importants.

– Qu’est-ce qu’il vous a dit ?

– Ben, dis-le, toi, Jérémie, tu étais tout près de lui. Dis-nous ce qui s’est passé

– Oui, j’ai tout entendu. Il y avait des hommes avec lui, ils avaient l’air renfrogné, jaloux les uns contre les autres. C’est moi le plus grand, non c’est moi. Tu verras, dans son royaume, c ‘est moi que Jésus va choisir en premier. Moi, je rigolais en les entendant : ma parole, les gamins c’est eux. Oui, des gamins qui se bagarrent pour être le chef de la bande.

– A ce moment, Jésus les a regardés, d’un œil sévère.

– Oh, oui, il n’avait pas l’air content du tout. Venez par ici, qu’il leur a dit. Moi j’ai suivi tout doucement en ouvrant les oreilles.

« Si quelqu’un veut être premier, il sera dernier de tous, et serviteur de tous. »

Bang, ça a été comme un coup de bâton sur leurs crânes. Être le dernier pour être le premier, ils n’avaient pas l’air de comprendre.

A ce moment-là ? Jésus m’a vu. Pourtant j’étais bien caché derrière le plus gros…

Je n’étais pas trop rassuré, mais il n’avait pas de méchants yeux.

– Allez Jérémie, raconte-nous ce qu’il a fait.

– il m’a placé au milieu du groupe et il m’a embrassé.

– oh, tu en rajoutes, Jérémie. Un homme comme ça ne va quand même pas embrasser un gamin des rues ! Tu exagères.

– Je te jure que c’est vrai. Après il a dit : « si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux »

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

– Attends, moi, je vais t’expliquer. Le royaume des cieux, c’est un royaume pas comme les autres. Pas question d’y entrer si tu te chamailles pour être le premier, si tu te croix plus grand que tout le monde.

– voyons les enfants, dit la maman, vous ne croyez tout de même pas que les plus importants dans un royaume, ce sont les plus petits, les enfants, ça ne s’est jamais vu.

– en tout cas, c’est ce qu’il a dit.

– Mardochée, avoue-le que Jérémie exagère.

– Mais non, maman, je te le dis. Jésus nous a regardés et il a encore dit :

« Celui qui accueille un de ces petits en mon nom, c’est moi qu’il accueille. »

Vous me faîtes bien rire, les enfants, quelle imagination.

Supposez que le roi Hérode nous dise : cet enfant-là dans la rue, c’est la même chose que moi. Si vous y touchez, c’est à moi que vous touchez.

Vous avez du mal comprendre, mes enfants, allez -vous en jouer. Point final.

Un peu à la fois, les gens commencent à se regrouper dans la rue.  Tout le monde se met à discuter.

A ce moment, arrive le vieux Jonathan : « c’est vrai ce que disent les enfants. Il n’y a pas longtemps, j’ai été témoin. Je vais vous raconter. »

J’étais là à écouter. Tout à coup, le cercle des auditeurs s’ouvre : des mamans s’avancent avec des bébés dans leurs bras. Vous savez ce que sont les mamans, elles s’approchent de Jésus et lui demandent : pourrais-tu bénir nos petits enfants ?

Moi, j’étais tout ému. C’était beau mais des disciples se mettent à grogner : Vovons, mesdames, ne faites pas perdre de temps au Maitre, il a autre chose à faire, et puis, il ce n’est pas avec des bébés qu’il va faire son royaume, il a besoin de gens capables, forts, instruits. Allez, écartez-vous.

Croyez-moi, à ce moment, jésus se rend compte de ce qui se passe, qu’est-ce qu’il fait ?

Il se fâche. Oui, il se fâche contre ses disciples. Les pauvres, ils croyaient bien faire, mais ils se font rabrouer.

Ils baissent la tête. Visiblement, ils avaient du mal à comprendre ce royaume où les petits seront les plus grands. Comment voulez-vous qu’ils comprennent, jamais on n’avait entendu de telles paroles : « laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas car le royaume de Dieu est à eux »

Ils en faisaient une tête les disciples qui se croyaient grands, et encore plus les notables de la ville qui écoutaient par derrière. Il fallait les entendre murmurer entre leurs dents :

Ce Jésus est complètement fou. Nous dire que ce sont les enfants, les petits, les ignorants qui vont commander maintenant ? Nous dire qu’il faut tout mettre au service des plus petits. Où allons-nous ? C’est un monde complètement à l’envers.

C’est bien là ce que nous devons comprendre : si nous voulons un monde meilleur, il faut apprendre à mettre les plus petits, les plus pauvres, les plus faibles comme les enfants, au milieu. Tant que les forts, les rusés ne penseront qu’à eux, nous continuerons à courir vers les catastrophes.

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Recits

Noce de Cana – Heureusement qu’elle était là


Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 2, 1-11

Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples. Or, on manqua de vin; la mère de Jésus lui dit: «Ils n’ont pas de vin.» Jésus lui répond: «Femme, que me veux-tu? Mon heure n’est pas encore venue.» Sa mère dit aux serviteurs: «Faites tout ce qu’il vous dira.»
Or, il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs; chacune contenait environ cent litres. Jésus dit aux serviteurs: «Remplissez d’eau les cuves.» Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit: «Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas.» Ils lui en portèrent.
Le maître du repas goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas interpelle le marié et lui dit: «Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant.»
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.


Ce jour-là, Jésus arrive avec ses premiers disciples dans un petit Village qui s’appelle Cana.

Saint Jean nous raconte ce qui s’est passé ce jour-là.

A Cana, il y a une noce et c’est la fête.

Les mariés sont assis à la table, tout est prévu, il y a même un maître de cérémonie, un majordome, qui veille à ce que tout se passe bien. On mange, on boit, on danse, on chante, c’est parfait.

Mais pourquoi donc Marie, la mère de Jésus, semble-t-elle aussi inquiète ? Est-ce qu’elle ne se sentirait pas à l’aise dans cette fête ? Au contraire, elle est heureuse de voir la joie de tous ces braves gens.

Discrètement, elle va trouver Jésus et lui dit à l’oreille ? « Ils n’ont plus de vin » Jésus comprend tout de suite.

Les gens de la fête sont heureux et insouciants mais ils ne se rendent pas compte de ce qui va leur tomber sur la tête. Dans quelques instants, finis les chants et les danses !

Marie, toujours très attentive, voit ce que les autres ne voient pas.

Peut-être qu’elle pense aussi : Quel dommage, ces jeunes mariés paraissent si heureux, mais tout le village va se moquer d’eux… Ah, ils ont voulu inviter large, ils voulaient beaucoup de monde à leur mariage, mais ils auraient mieux fait d’acheter quelques cruches de vin en plus. Tant pis pour eux.

Remarquez ce que Marie dit à Jésus, simplement : « Ils n’ont plus de vin »

Elle ne lui dit pas : « Tu devrais faire ceci ou cela, elle le laisse libre de faire ce qu’il pense. »

Jésus a une réponse qui nous surprend : « Femme, mon heure n’est pas encore venue »

Qu’est-ce qu’il veut dire ?

« Tu voudrais que je vole au secours de ces jeunes mariés, mais je suis venu pour sauver le monde. Aujourd’hui, Je suis à la noce, moi, et rien d’autre. Quand je rencontrerai des boiteux, des aveugles, alors à ce moment-là, je volerai à leur secours pour les guérir. Mon père m’a envoyé pour rendre la vie à ceux qui sont comme morts, pas pour donner du vin un jour de noce. Chaque chose en son temps. »

Sa mère ne se laisse pas arrêter. Elle connaît bien son fils, elle sait qu’il est sensible à toute détresse, pas seulement celle des malades et des boiteux…

Peut-être aussi qu’elle se dit : mon fils veut avant tout que tous les hommes soient heureux, il veut que tous puissent s’asseoir au banquet de Dieu. Eh bien, c’est l’heure de commencer ce banquet aujourd’hui à Cana.

Elle se lève, va trouver les serviteurs et leur dit : « Faites tout ce qu’il vous dira »

Une fois encore, elle laisse Jésus décider lui-même de ce qu’il doit faire.

Mettons-nous à la place des serviteurs, ils ont du être affolés : Vous voyez ces grandes cruches, leur dit Jésus, celles qui ont servi pour laver les pieds des invités à cause de la poussière du chemin. Allez les remplir d’eau.

Imaginons la tête des serviteurs. Nous n’allons quand même pas leur laver les pieds une deuxième fois. Pourtant, ils obéissent et remplissent les cruches.

Maintenant vous allez remplir les verres des invités. Quelle idée ! Il croit que les invités vont se contenter de boire de l’eau au lieu du vin ! Ils obéissent encore. Merveille ! c’est du vin qui coule dans les verres.

Sensationnel ! Bien sûr, les gens ne se rendent pas compte de ce qui se passe, les serviteurs si, mais surtout le majordome qui vient trouver le marié. Il n’a pas l’air content :

Qu’est-ce que tu as fait ! Tu ne m’as pas dit que tu avais une réserve de bon vin. Moi, je l’aurais servi au début du banquet, quand les gens sont encore capables de l’apprécier, mais toi, tu le sers à la fin, à ce moment-là ils ne sont plus capables de voir si le vin est de première qualité !

Voilà, c’est ce que nous raconte saint Jean.

Mais il ajoute à la fin de son récit : « Ce fut le premier signe que Jésus fit devant ses disciples »

Signe de quoi ?  Justement que Dieu vient inviter tous les hommes à une noce, à un grand banquet et c’est un banquet où tous pourront être dans la joie, sans crainte.

Si nous lisons la suite de l’évangile, nous voyons qu’à partir de ce jour-là, Jésus commence à guérir les boiteux pour qu’ils marchent comme tout le monde, les aveugles pour qu’ils voient les beautés de la nature, les lépreux pour qu’ils puissent revenir à leur maison. C’est une façon de leur dire, venez, entrez dans la salle du banquet. Vous êtes tous invités et il y en aura pour tous jusqu’à la fin.

Saint Jean dit encore : « Ses disciples crurent en lui. » Qu’est-ce que cela veut dire ?

Seigneur, nous sommes d’accord avec toi, nous marchons avec toi, si c’est cela que tu veux faire, donner du bon vin à tous, et inviter tous nos frères à un grand banquet où il ne manquera rien.

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Madame Esther

Elle l’a bien mérité !



Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8, 1-11

Jésus s’était rendu au mont des Oliviers; de bon matin, il retourna au temple de Jérusalem. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en train de commettre l’adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus: «Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu?» Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser.
Mais Jésus s’était baissé, et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit: «Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre.» Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés.
Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda: «Femme, où sont-ils donc? Alors, personne ne t’a condamnée?» Elle répondit: «Personne, Seigneur.» Et Jésus lui dit: «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus.»


Depuis quelques jours, l’ambiance était assez malsaine.

Les apôtres qui suivaient Jésus, ne se sentaient plus tellement à l’aise.

Où étaient les beaux jours des débuts, quand les foules couraient derrière Jésus, pour voir ses miracles, pour lui demander de guérir leurs malades, mais aussi pour entendre ses paroles.

Comme ils étaient heureux ces pauvres gens, accablés par la vie.

Pour la première fois, ils entendaient des mots pleins de compassion, ils étaient émus quand il posait son regard sur leurs enfants.

Mais peu à peu, par-derrière, on commençait à grincer, à murmurer.

Qui osait le critiquer ? Oh, ce n’était pas n’importe qui, des hommes respectés, des hommes réputés pour leur religion, qui observaient la loi de Moise au pied de la lettre.

Jean avec les autres Apôtres se posent des questions :

Pourquoi s’acharnent-ils ainsi contre notre Maitre ? Il ne fait rien de mal, au contraire. Bien sûr, il ne tient pas assez compte de la Loi, il lui arrive de guérir un jour de sabbat. Ce jour-là, interdit de faire quoi que ce soit qui ressemble à un travail.

Mais qui pouvait en vouloir à Jésus ? Il était trop bon, une femme venait avec un enfant malade dans les bras, il se laissait prendre par la pitié.

Il aurait pu dire, revenez demain, après le sabbat, mais non, il s’écriait aussitôt, talithakoum, enfant, lève-toi.

C’est cela qu’on lui reproche, oublier la loi quand quelqu’un souffre ?

Les reproches sont violant :

Est-ce qu’il se croit supérieur à Moise qui avait donné les tables de la Loi

Non mais pour qui se prend-t-il ? On peut être bon, mais la loi, c’est la loi.

Ce jour-là, pourtant, c’était plus calme.

Jésus était là assis dans le Temple de Jérusalem, autour de lui, des hommes, des femmes, des enfants, tous heureux de l’entendre.

Comme il faisait bon de l’entendre parler de Dieu, de sa bonté, de son amour pour les petits.

Tout à coup, un groupe s’avance. Oh là, pense Jean, ils n’ont pas l’air commodes, qu’est-ce qu’ils mijotent encore ?

Quelques-uns ont le sourire aux lèvres. Mais un sourire perfide, le sourire de quelqu’un qui se prépare à jouer un sale tour.

Celle qui n’a pas le sourire, c’est la femme qu’ils traînent avec eux.

Toute tremblante. Écrasée par le mépris de ces notables qui la foudroient du regard, ils la font avancer, juste devant Jésus.

La foule s’écarte, pas très rassurée.

Le chef de la troupe ouvre la bouche, c’est un homme de grande prestance, un homme sûr de lui, de sa science.

Lui, il connaît les Écritures, depuis sa jeunesse, il est plongé dans les textes. Ce n’est pas comme ce Jésus : que sait-il de la Loi ?

Un charpentier, un ignorant qui en prend à son aise avec nous.

« Maitre » Oh, l’hypocrite, il y met les formes… Puisque Jésus enseigne dans le temple, on va lui en donner du « Maitre » cela ne nous empêchera pas de le coincer.

« Maitre, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère »

Jusque-là, Jésus n’a rien à répondre

Quand on lui pose une question sur la loi, il est assez malin pour discuter et parfois nous mettre en difficulté, mais ici, un fait est un fait.

Et voilà encore un autre fait : « Dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là »

Ils se sont bien préparés à l’attaque.

Si Jésus les contredit, ils lui sortent tout de suite le texte du livre du lévitique, le grand recueil des lois données par Moise.

« L’homme qui commet l’adultère avec la femme de son prochain devra mourir, lui et sa complice »

Si c’est nécessaire, on lui sortira encore le Deutéronome :

« Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, tous deux mourront »

Franchement, pense Jean qui s’y connaît un peu en Écritures, s’ils veulent obéir à la Loi, ils auraient dû amener l’homme aussi. Jésus n’aura pas de mal à les confondre, à montrer leur mauvaise foi.

Pourquoi s’en prennent-ils à la femme uniquement ?

Tombe alors la question qui veut condamner Jésus.

Le chef élève la voix, il prend un ton grave comme celui d’un juge « Toi, qu’en dis-tu ? »

Cette fois, Jésus est perdu, nous l’avons coincé !

S’il dit « laissez-la tranquille » nous le tenons, car il est contre Moïse.

S’il dit « Mettez-la à mort » c’est fini avec la foule. Comment, lui qui parle toujours de bonté, de pardon, il approuve la mort de cette femme ? C’est un menteur, il ne vaut pas mieux que les autres qui nous écrasent avec leurs lois.

Jean et ses amis sont bien embarrassés. Ils regardent Jésus. Mais que fait-il ? Il ne répond pas !

Ça, c’est ennuyeux, il pourrait se défendre, non ? Il est là devant tous, il se baisse.

Du doigt, il écrit dans la poussière du sol. Jean essaie de voir, mais il n’arrive pas à déchiffrer les lettres.

Peu importe, Jésus sait ce qu’il fait.

Il se redresse enfin.

Cette fois, ce sont ses ennemis qui ne sont plus rassurés. Il semble tellement sûr de lui.

« Celui d’entre vous » il les regarde un par un, comme s’il pénétrait dans leur tête : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre »

Rien d’autre, pas de discussion, pas de sermon. Que chacun se regarde comme il est. Vous avez déjà des pierres dans les mains, mais qu’avez-vous dans le cœur ?

Vos yeux sont pleins de mépris envers cette femme, mais pouvez-vous être si fiers de vous ?

Tranquillement, Jésus s’abaisse et recommence à tracer des traits sur le sol. Un silence pesant règne sur le groupe des spécialistes de la Loi, ils ne se regardent même plus les uns les autres.

Est-ce qu’ils auraient quelque chose à cacher dans leur vie ?

Au premier rang, le porte-parole fait demi-tour sans un mot, il s’éloigne. Puis un autre et tous, les uns après les autres laissent tomber les pierres qu’ils avaient en main, et ils partent.

Jésus reste seul avec la femme. Il se redresse et lui demande :

« Femme où sont-ils donc ? Alors personne ne t’a condamnée ? »

Elle lui répond : « Personne Seigneur »

Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pêche plus »

Jean enregistre la scène dans sa tête : il faudra un jour que je mette cela par écrit. C’est tellement important, on va tellement vite pour condamner ceux qui sont en faute, mais que fait-on pour les aider à remonter la pente ?

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Madame Claudia

Le mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée


Pour écouter :


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 10, 46-52

Jésus et ses disciples étaient venus à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route.
Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier: «Jésus, fils de David, aie pitié de moi!» Beaucoup de gens l’interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle: «Fils de David, aie pitié de moi!» Jésus s’arrête et dit: «Appelez-le.»
On appelle donc l’aveugle, et on lui dit: «Confiance, lève-toi; il t’appelle.» L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Jésus lui dit: «Que veux-tu que je fasse pour toi? – Rabbouni, que je voie.» Et Jésus lui dit: «Va, ta foi t’a sauvé.»
Aussitôt l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.


Quelle joie, quelle ambiance dans le village !
Il est revenu, oui, BarTimée, le fils de Timée, vous le connaissez celui qui était aveugle.

Ah, BarTimée, c’est formidable, tu me reconnais, moi, Aaron, ton cousin. Mais bien sur, et aussi ma petite fille, Myriam,
C’est donc vrai, tu vois, tu n’es plus aveugle c’est incroyable, raconte-nous ce qui s’est passé.

Vous savez bien que j’ai perdu la vue il y a quelques années. Une vie de misère, plus de travail, rien d’autre que mendier : « Pitié, ma bonne dame, à votre bon cœur, Monsieur ».
Quelle humiliation pour moi qui aimais tant travailler avec les copains.

A la fin, j’ai abouti à Jéricho.
On m’a dit que c’était une belle ville, prospère, de l’eau pour les cultures et les palmiers. Mais pour un pauvre aveugle, ce n’est pas gai.

Jéricho, mes enfants est sur la route des pèlerins qui montent à Jérusalem. Ceux qui sont passés par le désert de l’autre côté de la rivière, le Jourdain, pour éviter de se faire insulter en passant par la Samarie.
Ça fait du monde, mais ça attire aussi tous les éclopés de la terre. Une vraie concurrence, mendier au milieu de cette foule, ce n’est pas rentable. Et les gens de la ville ont d’autres chats à fouetter, donc pas le temps de s’occuper d’un aveugle.

Heureusement, un ami m’a donné un conseil : va plutôt à la sortie de la ville.

Pas bête du tout, c’est un endroit stratégique. Les pèlerins sont mieux disposés. Vous comprenez, quand ils arrivent dans cette belle ville, avec toutes les tentations qu’elle offre, ils ont d’abord envie de s’y reposer un peu et s’ils ont encore quelques pièces à dépenser, c’est pour s’offrir quelques belles dattes ou une bonne coupe de vin, pas pour aider un pauvre aveugle…

En revanche, lorsqu’ils quittent la ville, ils se préparent à la rencontre avec Dieu qu’ils rencontreront lorsqu’ils seront à Jérusalem pendant les fêtes de Pâques, ils ne veulent pas se mettre en mauvais termes avec Lui, du coup, ils sont plus généreux.

S’il te plaît, BarTimée, ce n’est pas ta stratégie de mendiant qui nous intéresse, mais dis-nous plutôt comment c’est arrivé, ta guérison.

Patience, j’y arrive.

J’étais assis un jour au bord du chemin, enveloppé dans mon manteau. C’est tout ce qui me restait, et il faisait frisquets ce matin-là. Je tends l’oreille pour deviner si du monde arrive…

Du monde, oui, parlons-en, c’était une foule qui parlait qui chantait…
Qu’est-ce qui se passe ?
D’habitude les pèlerins sont plutôt silencieux, ils économisent leurs forces pour la route qui n’est pas commode.
D’après ce qu’on m’a dit, ça grimpe dur, sur les trente kilomètres, il y a bien 500 mètres de dénivellation.

Moi, je crie tant que je peux : Oh, là, oh là, messieurs, dîtes-moi un peu ce qui se passe. Pourquoi toute cette foule ?

Mon pauvre ami, dommage pour toi, tu ne pourras pas le voir. C’est Jésus de Nazareth, il monte à Jérusalem et nous allons avec lui. Il aura besoin d’être aidé là-bas, il y en a qui l’attendent pour s’en débarrasser.

Jésus de Nazareth mais j’ai déjà entendu ce nom-là. Ma parole, si c’est lui, quelle chance !

Alors je crie encore plus fort : « Jésus de Nazareth, fils de David, aie pitié de moi ! »

Pourquoi « fils de David ? » Tu crois que David est un de ses ancêtres ?

J’ai entendu parler de ça. Mais je me suis dit :
Si jamais ce Jésus est le Messie, celui que les prophètes ont annoncé, certainement qu’il va nous libérer des Romains, ce sera un chef, un guerrier comme David. Tu sais quand on a l’habitude de mendier on essaie de se faire bien voir, de flatter un peu les gens.

Il y a une autre raison, qui me touche moi, le pauvre aveugle. C’est des copains à moi qui me l’ont dit : fais une prière au roi Salomon, le fils de David, lui, il peut te guérir.
Il y a un tas de gens qui lui demandent son aide. Il paraît qu’en son temps c’était un sage, un guérisseur.

En tous cas, ça a marché.
Les gens me disaient, veux-tu te taire, tu vois bien que le maitre n’a pas le temps, il doit aller à Jérusalem.
Mais lui, s’arrête, je l’entends qui dit : appelez-le.
Au moins, il ne pensait pas comme les autres… Pour eux, je n’étais rien, mais pour lui, j’avais du prix à ses yeux, il ne m’a pas envoyé promener.

Du coup, les voilà qui me secouent : courage, lève-toi, il t’appelle !

Alors là, je n’ai pas hésité un moment, j’ai bondi, même mon manteau, je l’ai laissé tomber.
Pierre, c’était comme le chef de l’équipe, m’a dit après : toi, tu n’es pas comme ce jeune homme de l’autre jour qui voulait venir avec nous, mais ses richesses l’ont comme ligoté. Il est reparti tout triste.

Je m’approche, ou plutôt, on m’approche de Jésus.
Je m’attendais à ce qu’il me dise : viens ici, je vais te faire des onctions, des gestes sur tes yeux, comme les guérisseurs
Rien de tout cela ! Seulement une question : que veux-tu que je fasse pour toi ? J’allais lui répondre, enfin, tu ne le vois pas que je suis aveugle ? Fais-moi voir.

Ah mes enfants, j’étais comme paralysé, subjugué, émerveillé. Bêtement je lui ai répondu : « Rabbouni, fais que je voie ! »

Tiens, tu ne lui as plus dit « fils de David » ?
Bien sûr que non, au son de sa voix, j’ai senti tout de suite toute la bonté de cet homme.
Une bonté, une douceur qui me rentrait dans tout le corps, avec une envie de rester avec lui.
« Rabbouni » Au rabbin dans la synagogue, je lui dis, Rabin, en m’inclinant. Mais ici je ne savais plus bien comment l’appeler : mon cher maitre, mon petit maitre, mon bon maître, « Rabbouni »

Jésus me dit encore : « va ta foi t’a sauvé »
C’est tout ? Nos guérisseurs font un tas de simagrées, de gestes, des paroles magiques.

Je vous assure, rien d’autre, il n’a dit qu’un mot comme quelqu’un qui commandait à la maladie sans effort.
Tout de suite, j’ai vu comme je vous voie maintenant.

Et qu’est-ce que tu as fait ensuite ?

Que voulez-vous que je fasse. J’en avais assez du mépris des gens : sale aveugle, tu dois avoir fait un grand péché pour être ainsi. Ou bien : laisse-nous passer, ne nous embête pas.

Lui, il n’est pas comme les autres. Je vous le dis mes amis, je crois en lui, je marche avec lui, je reste avec lui. C’est des hommes comme lui qu’il nous faut :
Il m’a dit « ta foi t’a sauvé »

C’est vrai, je crois en toi, tu n’es pas comme les autres, je marche avec toi, jusque Jérusalem.

J’ai été très touché lorsque Pierre est venu me voir et m’a dit : merci BarTimée, tu vois, jusqu’ici j’étais plutôt comme l’aveugle que Jésus a guéri à Bethsaide. Il lui avait ouvert les yeux péniblement, par étapes.
Moi aussi, j’avais du mal ouvrir les yeux, à croire vraiment, en lui. Maintenant mes yeux se sont ouverts tout grands. Et je vais faire comme toi, je vais le suivre jusqu’au bout. Du moins, c’est ce que je vais essayer de faire.

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Madame Esther

Pilate et le Ressuscité



Mettons-nous dans la peau de Pilate, le gouverneur romain. Entrons dans son palais.

En ce matin de Pâques, tout est calme dans le palais. Pilate a bien dormi, il est content de lui.

– Lieutenant Rufus, cette année, tout s’est bien passé dans cette ville de Jérusalem. Qu’en pensez-vous ?

*Monsieur le gouverneur, franchement, avec cette foule qui vient de partout, je m’attendais à des troubles, il y a toujours des énergumènes qui se prennent pour le Messie comme ils disent.
Monsieur le gouverneur, Vous avez bien fait de venir de Césarée, et d’amener la troupe.
Bonne précaution pour montrer à tous ces juifs que nous sommes les plus forts.

– La force, la force, lieutenant Rufus. Il n’y a que la force pour dompter ces énervés.

*La force, oui, monsieur le gouverneur, mais la ruse aussi.
Vous avez été particulièrement brillant avec Anne, le grand prêtre et Caïphe.
Quand vous avez jugé l’agitateur.

– Tu veux parler de ce Jésus de Nazareth ? Oui, je me suis dit : je ne peux quand même pas condamner un innocent, mais si je le relâche, ils vont pousser des cris, provoquer une émeute.
A la fin j’ai eu une idée géniale, j’ai réussi à les retourner.
Tu as vu, c’est eux qui ont fini par crier : « crucifie-le, crucifie-le ! »
S’il est mort, c’est de leur faute, moi, j’ai pu me laver les mains tranquillement.
La force et la ruse, rien de tel pour mater une foule.
C’est la base du pouvoir.

Pilate continue à faire ses discours : tout à coup, la porte s’ouvre, un soldat arrive tout essoufflé.

– Qu’est-ce qui se passe ? Qui vous permet d’entrer ainsi sans frapper ?

**Monsieur le gouverneur c’est cet homme que vous avez crucifié. Celui qu’on appelle Jésus.

– Eh bien oui, je l’ai fait crucifier. Il est bien mort, je le sais, le centurion me l’a confirmé. Il lui a percé le cœur. N’est-ce pas lieutenant Rufus ?

*Parfaitement, vous avez même donné la permission à un notable, Joseph d’Arimathie, de l’enterrer dans son jardin.

– Allez ne m’embêtez pas avec ce mort. Faites préparer les chevaux pour repartir à Césarée. La force a triomphé une fois de plus.
Au fait, pourquoi me parlez-vous de ce mort ?

**C’est qu’en ville, on ne parle que de lui, un tas de gens disent qu’ils l’ont vu, oui, vivant. Il s’est présenté à ses amis et à un tas d’autres.

– Qu’est-ce que vous me racontez, triple idiot ? Vous avez déjà vu un mort revenir à la vie ?
Rufus, redite-le moi qu’il était bien mort

* Bien sûr, pas de doute. Mes soldats ont vu qu’on l’a déposé dans un tombeau, avec une grosse pierre. Le médecin de mon unité l’a bien dit : un cadavre qui reste trois jours dans un tombeau, c’est la preuve qu’il est bien mort.

– Qu’est-ce qu’on dit de cela en ville ?

**Il y a des femmes qui sont allées voir. Elles arrivaient avec des parfums, des aromates pour embaumer le corps, mais le tombeau était vide, l’énorme pierre roulée. Vous parlez d’une frousse qu’elles sont eues.

– Oh des femmes, des femmes, même les juifs ne croient pas dans les femmes. Elles n’ont pas le droit d’être témoins dans un tribunal. Si vous n’avez que cela à me dire…

**Quand elles sont courues avertir ses amis, ceux-ci les ont envoyées promener, elles radotent, elles sont folles.

– Vous voyez bien que ce sont des histoires à dormir debout.

** C’est ce que je pense aussi, mais on dit aussi que ses amis sont allés voir ensuite. Et le tombeau était bien vide. Et puis, ils sont revenus, se sont enfermés, tellement ils avaient peur. C’est à ce moment qu’ils l’ont vu, les portes étaient fermées mais il était là devant eux.

– Soldat, vous m’énervez. En plus, vous êtes un traître. Oui, un traître.
Vous prétendez que cet homme, un misérable que j’ai fait exécuter, moi, le représentant de Rome, est plus fort que la mort.
Sachez, jeune homme, que la puissance romaine s’est étendue sur tous les pays grâce à notre force, à nos armes. Tous ceux qui ont voulu s’opposer ont péri. Ils sont morts maintenant.
Vous avez entendu dire qu’ils sont revenus à la vie pour nous battre ? Sur terre, celui qui possède la force et peut punir de mort, c’est lui qui a raison.
Rompez, soldat.
Vous n’êtes pas digne de porter une épée.

Lieutenant Rufus, vous êtes bien d’accord ?

** Monsieur le gouverneur, permettez-moi d’ajouter un mot. Vous avez raison de dire que la mort est le meilleur moyen pour conquérir un royaume. Mais j’avoue que j’ai été impressionné par notre centurion.

– Le centurion qui lui a percé le cœur ?

** Oui, juste à ce moment-là, je l’ai entendu dire une parole extraordinaire qui m’a bouleversé moi aussi.
« Cet homme est vraiment le Fils de Dieu »
Je n’en revenais pas, cet homme mourait devant lui, torturé, rabaissé au rang des plus misérables et mon centurion que je respecte énormément, le regardait comme un Fils de Dieu

– Fils de Dieu, fils de Dieu, qu’est-ce que cela veut dire ? Encore des histoires de leur religion. Moi, je suis fils de Rome, fils de l’empereur.
L’empereur est pour moi comme un dieu dominateur. Je suis fier de marcher avec lui. Je suis fils du dieu empereur.

** Je crois que mon centurion a voulu dire : Cet homme est fils d’un Dieu qui n’écrase pas, qui préfère se laisser faire sans se venger, de peur de faire du mal à. quelqu’un.
A mon avis, son Dieu est un dieu qui aime tous les hommes.

– Lieutenant Rufus, emmenez-moi cet homme au cachot. Moi, je ne rentre pas dans ces discussions de religion.
Si tous mes hommes commencent à se dire : il faut être bon, il faut aider les autres, il ne faut pas utiliser la force ou la violence…
Où allons-nous ? Non, il faut faire peur en menaçant de mort.
Vous savez ce qu’il m’a répondu votre Jésus, quand je l’ai interrogé. « Mon royaume n’est pas de ce monde. »
Moi, Pilate, représentant de l’empire romain, je suis du royaume de ce monde et je continue à utiliser la force et la ruse. Point final.
Vous ne me ferez jamais croire qu’on peut bâtir un empire en aimant les autres, en pardonnant. Ça ne marche pas comme ça.

Après cela, Pilate tourna les talons pour aller voir ses chevaux. Mais les soldats qui l’entouraient commencèrent à se poser des questions.

Est-ce que ce Jésus n’aurait pas raison ? Avec nos armes, sommes-nous capables de faire régner la paix.
Et le bonheur ? Nous faisons trembler le monde entier, mais est-ce que ça tiendra longtemps ?

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Madame Claudia

Ils ont tué Pierre


Pour écouter :


Ma chère Flavia,

Cette lettre que t’apporte mon serviteur Justinus te dira combien mes sentiments sont partagés entre la tristesse et la joie.

Tu sais en effet que depuis quelques mois je me rends à l’assemblée de ceux qu’on appelle chrétiens et cela t’étonne encore.

Tu as raison, car les premières rencontres ont été assez difficiles pour moi dans des communautés où se côtoyaient toutes sortes de personnes, des juifs et des romains, des esclaves comme ceux que je vois à la maison tous les jours.

J’ai même failli tout abandonner aux ides de mars quand est arrivé de Palestine un des premiers disciples de Jésus.

Je m’imaginais ce Pierre comme un homme prestigieux, à la manière de mon époux le Sénateur. Mais non, c’est un homme humble, pas très bien habillé et avec des mains endurcies par la pêche.

Je me suis permis un jour de lui donner un conseil :
« Pierre, tu ne devrais pas raconter partout ce que tu as fait le jour où Jésus a été arrêté
Ce n’est pas bon pour les nouveaux arrivés d’apprendre que leur responsable avait calé devant une servante »

– C’est pourtant vrai. Ce jour-là j’étais prêt à me battre avec mon épée mais l’attitude de Jésus qui ne se défendait pas m’a retourné complètement. Quand cette petite m’a dit trois fois « Toi aussi tu es avec eux » Trois fois j’ai répondu : non, je ne le connais pas.

Mais, vois-tu si j’ai la force ou l’audace, comme tu dis, de présider notre assemblée, c’est à cause des paroles de Jésus quelques jours après l’avoir revu vivant.

Il aurait pu me faire des reproches. Non, simplement : « Pierre, m’aimes-tu ? » Trois fois. J’ai répondu « oui, Seigneur »
La troisième fois, j’ai craqué : « oui Seigneur, tu le sais, je t’aime. »

Et cette parole stupéfiante à un renégat comme moi : Pierre, prends soin de mes brebis.
Claudia, comprends-tu pourquoi je n’ai pas abandonné ?

Oui, j’admire comment cette façon d’aimer peut transformer une personne. Nous l’avons encore vu plus tard… Quand notre empereur Néron pris d’une folie meurtrière a fait brûler des milliers de nos frères chrétiens. Nous avons dit à Pierre, moi la première : « vite, sors de la ville cache-toi »

Il est parti de nuit avec quelques amis, mais il est revenu le matin même.

« Pourquoi ? Tu n’es pas raisonnable ! »

« Sur la via Appia j’ai ressenti comme une voix : « Pierre, quo vadis, pierre où vas-tu ? Prends soin de mes brebis. »
Oui, je reste pour vous dire et redire au sein de nos épreuves : aimons-nous les uns les autres, comme Il nous a aimés.

Pierre est resté. Pierre n’est plus.  Ce jour-là  j’ai demandé le baptême.

Chère Flavia, Moi, ta sœur Claudia, j’ai hâte de te revoir pour te redire l’immensité de ma peine. Et aussi le bonheur qui remplit désormais mon cœur.

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Madame Claudia

L’aveugle de Bethsaïde


Pour écouter :



Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8, 22-26

Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. On lui amène un aveugle et on le supplie de le toucher. Jésus prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demandait: «Est-ce que tu vois quelque chose?» Ayant ouvert les yeux, l’homme disait: «Je vois les gens, ils ressemblent à des arbres, et ils marchent.»
Puis Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l’homme; celui-ci se mit à voir normalement, il se trouva guéri, et il distinguait tout avec netteté. Jésus le renvoya chez lui en disant: «Ne rentre même pas dans le village.»


Tu en as de la chance, Pierre, toi, tu as connu Jésus directement, tu as parlé avec lui; tu as vu tout de suite qu’il était le Sauveur, le Messie, le Fils de Dieu. Mais pour nous, c’est plus difficile de croire en lui.

Ne croyez pas cela, mes enfants, si vous saviez le temps que j’ai mis pour comprendre

C’est vrai, j’étais souvent avec lui, j’ai vu  ce qu’il faisait  mais j’étais comme aveugle, je restais bouche bée en me disant: formidable, quel miracle, quel exploit, je passais complètement à coté.

Tu exagères, Pierre, quand Jésus guérissait quelqu’un, tu voyais bien qu’il avait un pouvoir pas ordinaire.  par exemple , quand il guérissait un aveugle.

Vous me parlez d’aveugle. Je vais vous donner un exemple. Nous étions un jour à Bethsaide, près du lac. Des gens arrivent en conduisant un aveugle. « Jésus, vois comme il est malheureux, nous te supplions, guéris-le ».

Jésus prend ce pauvre homme par la main, l’entraîne plus loin, en dehors de la foule. A ce moment, il fait une série de gestes que nous avons eu du mal à comprendre. Ecoutez bien. D’habitude, il demande: que veux-tu ? Et l’aveugle répond. Seigneur, que je voie. Cette fois-ci rien de tel. Jésus  crache,  fait de la boue, la met sur les yeux de l’homme, lui impose les mains et lui demande  : que vois-tu ?

Bizarre, non ? Moi, Pierre, franchement, je me demandais ce que cela voulait dire . Pourquoi lui demander que vois-tu ? Pourquoi ne pas le guérir d’un seul coup? l’homme lui répond : j’aperçois des hommes, comme des arbres qui marchent.

Étonnant, vraiment. Du coup, Jésus lui impose les mains une deuxième fois, comme s’il avait raté son coup la première fois;

Nous, mon frère André et Jacques et Jean, on se disait : Jésus, qu’est-ce qu’il a derrière la tête ? Bien souvent , il fait des gestes pour nous dire quelque chose. Mais ce jour là, nous n’avons rien compris.

A la fin, l’homme a retrouvé la vue complètement. Puis, Jésus l’a renvoyé dans sa maison.

Et nous sommes restés baba, bêtement. Inquiets aussi : est-ce que Jésus n’avait plus la force pour guérir ? Pourquoi avait-il tant de mal pour aider un malheureux ?

Je suppose que tu as quand même compris le message.?

Oh, c’était assez simple, l’aveugle que Jésus voulait guérir c’était nous. Çà faisait des mois qu’il essayait de nous ouvrir les yeux, de nous montrer que le plus important n’est pas de dominer les autres, mais de les aider, mais rien à faire, nous étions comme bornés, myopes. Il en a eu du mal pour nous aider à changer. Il a du s’y reprendre je ne sais combien de fois.

Tenez, Quelques jours avant, il nous avait attrapés vivement. Je ne sais plus qui avait dit :

Zut, nous avons oublié d’emporter du pain. Qu’est-ce que nous allons faire ?

La réponse a été sèche. Vous ne vous rappelez donc pas que dans le désert j’ai donné du pain à manger à toute une foule ? Vous ne comprenez donc pas encore ?

Vous saisissez pourquoi je vous dis  : l’aveugle, c’était nous, bornés, fermés,

Ce n’était pas la peine de travailler avec lui, de voir tout ce qu’il faisait pour les malades, les désespérés, et de rester là sans rien voir. Oui, sans rien voir, avec nos yeux de quatre sous, alors qu’il nous aurait fallu bien les ouvrir, regarder, voir tout l’amour qui passait par ses mains. Rien, nous n’avons rien vu. Ou plutôt nous avons aperçu des choses importantes, mais à moitié, comme ce pauvre homme qui prenait les hommes pour des arbres qui marchent.

C’était pareil : ses gestes de pure bonté, nous les avons pris pour des preuves de force

Et la deuxième imposition des mains , qu’est-ce qu’elle voulait dire ?

Je vous le répète : Jésus a du s’y reprendre à deux fois, pour nous ouvrir les yeux.

Je vous ai déjà raconté : entre nous, il y avait des jalousies: qui va être le plus grand, quel poste allons-nous avoir dans le royaume…alors que des yeux bien ouverts auraient du comprendre qu’il fallait servir et non pas être servi.

Maintenant, Pierre, tu n’es plus aveugle, au contraire !

En tous cas, ce n’est pas de ma faute. Le jour où il a été arrêté, je croyais en lui, je l’ai même suivi jusqu’au tribunal, mais là, j’ai calé. Je me suis dit -toujours avec des yeux à demi fermés- non ce n’est pas possible, qu’un homme comme lui se laisse faire, il devrait écraser ces voyous.

C’est après qu’il m’a comme imposé les mains une deuxième fois, quand il m’a demandé: Pierre m’aimes tu ? C’est ce jour-là que mes yeux se sont vraiment ouverts.

Merci, Pierre, de nous avoir raconté cela.

Oh, ne me dîtes pas merci. Je vous demande seulement une chose; ne désespérez jamais. Le jour où vous avez du mal à croire, patientez, nous sommes tous pareils. Ce n’est pas facile de suivre un homme comme lui quand il nous demande, mettez-vous au service de ceux qui souffrent, de ceux qui n’y voient plus clair. Et vous verrez, oui, vous verrez quel bonheur on reçoit  comme l’aveugle, qui découvre à la fin les merveilles du monde.