Elle l’a bien mérité !



Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8, 1-11

Depuis quelques jours, l’ambiance était assez malsaine.

Les apôtres qui suivaient Jésus, ne se sentaient plus tellement à l’aise.

Où étaient les beaux jours des débuts, quand les foules couraient derrière Jésus, pour voir ses miracles, pour lui demander de guérir leurs malades, mais aussi pour entendre ses paroles.

Comme ils étaient heureux ces pauvres gens, accablés par la vie.

Pour la première fois, ils entendaient des mots pleins de compassion, ils étaient émus quand il posait son regard sur leurs enfants.

Mais peu à peu, par-derrière, on commençait à grincer, à murmurer.

Qui osait le critiquer ? Oh, ce n’était pas n’importe qui, des hommes respectés, des hommes réputés pour leur religion, qui observaient la loi de Moise au pied de la lettre.

Jean avec les autres Apôtres se posent des questions :

Pourquoi s’acharnent-ils ainsi contre notre Maitre ? Il ne fait rien de mal, au contraire. Bien sûr, il ne tient pas assez compte de la Loi, il lui arrive de guérir un jour de sabbat. Ce jour-là, interdit de faire quoi que ce soit qui ressemble à un travail.

Mais qui pouvait en vouloir à Jésus ? Il était trop bon, une femme venait avec un enfant malade dans les bras, il se laissait prendre par la pitié.

Il aurait pu dire, revenez demain, après le sabbat, mais non, il s’écriait aussitôt, talithakoum, enfant, lève-toi.

C’est cela qu’on lui reproche, oublier la loi quand quelqu’un souffre ?

Les reproches sont violant :

Est-ce qu’il se croit supérieur à Moise qui avait donné les tables de la Loi

Non mais pour qui se prend-t-il ? On peut être bon, mais la loi, c’est la loi.

Ce jour-là, pourtant, c’était plus calme.

Jésus était là assis dans le Temple de Jérusalem, autour de lui, des hommes, des femmes, des enfants, tous heureux de l’entendre.

Comme il faisait bon de l’entendre parler de Dieu, de sa bonté, de son amour pour les petits.

Tout à coup, un groupe s’avance. Oh là, pense Jean, ils n’ont pas l’air commodes, qu’est-ce qu’ils mijotent encore ?

Quelques-uns ont le sourire aux lèvres. Mais un sourire perfide, le sourire de quelqu’un qui se prépare à jouer un sale tour.

Celle qui n’a pas le sourire, c’est la femme qu’ils traînent avec eux.

Toute tremblante. Écrasée par le mépris de ces notables qui la foudroient du regard, ils la font avancer, juste devant Jésus.

La foule s’écarte, pas très rassurée.

Le chef de la troupe ouvre la bouche, c’est un homme de grande prestance, un homme sûr de lui, de sa science.

Lui, il connaît les Écritures, depuis sa jeunesse, il est plongé dans les textes. Ce n’est pas comme ce Jésus : que sait-il de la Loi ?

Un charpentier, un ignorant qui en prend à son aise avec nous.

« Maitre » Oh, l’hypocrite, il y met les formes… Puisque Jésus enseigne dans le temple, on va lui en donner du « Maitre » cela ne nous empêchera pas de le coincer.

« Maitre, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère »

Jusque-là, Jésus n’a rien à répondre

Quand on lui pose une question sur la loi, il est assez malin pour discuter et parfois nous mettre en difficulté, mais ici, un fait est un fait.

Et voilà encore un autre fait : « Dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là »

Ils se sont bien préparés à l’attaque.

Si Jésus les contredit, ils lui sortent tout de suite le texte du livre du lévitique, le grand recueil des lois données par Moise.

« L’homme qui commet l’adultère avec la femme de son prochain devra mourir, lui et sa complice »

Si c’est nécessaire, on lui sortira encore le Deutéronome :

« Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, tous deux mourront »

Franchement, pense Jean qui s’y connaît un peu en Écritures, s’ils veulent obéir à la Loi, ils auraient dû amener l’homme aussi. Jésus n’aura pas de mal à les confondre, à montrer leur mauvaise foi.

Pourquoi s’en prennent-ils à la femme uniquement ?

Tombe alors la question qui veut condamner Jésus.

Le chef élève la voix, il prend un ton grave comme celui d’un juge « Toi, qu’en dis-tu ? »

Cette fois, Jésus est perdu, nous l’avons coincé !

S’il dit « laissez-la tranquille » nous le tenons, car il est contre Moïse.

S’il dit « Mettez-la à mort » c’est fini avec la foule. Comment, lui qui parle toujours de bonté, de pardon, il approuve la mort de cette femme ? C’est un menteur, il ne vaut pas mieux que les autres qui nous écrasent avec leurs lois.

Jean et ses amis sont bien embarrassés. Ils regardent Jésus. Mais que fait-il ? Il ne répond pas !

Ça, c’est ennuyeux, il pourrait se défendre, non ? Il est là devant tous, il se baisse.

Du doigt, il écrit dans la poussière du sol. Jean essaie de voir, mais il n’arrive pas à déchiffrer les lettres.

Peu importe, Jésus sait ce qu’il fait.

Il se redresse enfin.

Cette fois, ce sont ses ennemis qui ne sont plus rassurés. Il semble tellement sûr de lui.

« Celui d’entre vous » il les regarde un par un, comme s’il pénétrait dans leur tête : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre »

Rien d’autre, pas de discussion, pas de sermon. Que chacun se regarde comme il est. Vous avez déjà des pierres dans les mains, mais qu’avez-vous dans le cœur ?

Vos yeux sont pleins de mépris envers cette femme, mais pouvez-vous être si fiers de vous ?

Tranquillement, Jésus s’abaisse et recommence à tracer des traits sur le sol. Un silence pesant règne sur le groupe des spécialistes de la Loi, ils ne se regardent même plus les uns les autres.

Est-ce qu’ils auraient quelque chose à cacher dans leur vie ?

Au premier rang, le porte-parole fait demi-tour sans un mot, il s’éloigne. Puis un autre et tous, les uns après les autres laissent tomber les pierres qu’ils avaient en main, et ils partent.

Jésus reste seul avec la femme. Il se redresse et lui demande :

« Femme où sont-ils donc ? Alors personne ne t’a condamnée ? »

Elle lui répond : « Personne Seigneur »

Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pêche plus »

Jean enregistre la scène dans sa tête : il faudra un jour que je mette cela par écrit. C’est tellement important, on va tellement vite pour condamner ceux qui sont en faute, mais que fait-on pour les aider à remonter la pente ?

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *