L’aveugle de Bethsaïde



Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8, 22-26

Tu en as de la chance, Pierre, toi, tu as connu Jésus directement, tu as parlé avec lui; tu as vu tout de suite qu’il était le Sauveur, le Messie, le Fils de Dieu. Mais pour nous, c’est plus difficile de croire en lui.

Ne croyez pas cela, mes enfants, si vous saviez le temps que j’ai mis pour comprendre

C’est vrai, j’étais souvent avec lui, j’ai vu  ce qu’il faisait  mais j’étais comme aveugle, je restais bouche bée en me disant: formidable, quel miracle, quel exploit, je passais complètement à coté.

Tu exagères, Pierre, quand Jésus guérissait quelqu’un, tu voyais bien qu’il avait un pouvoir pas ordinaire.  par exemple , quand il guérissait un aveugle.

Vous me parlez d’aveugle. Je vais vous donner un exemple. Nous étions un jour à Bethsaide, près du lac. Des gens arrivent en conduisant un aveugle. « Jésus, vois comme il est malheureux, nous te supplions, guéris-le ».

Jésus prend ce pauvre homme par la main, l’entraîne plus loin, en dehors de la foule. A ce moment, il fait une série de gestes que nous avons eu du mal à comprendre. Ecoutez bien. D’habitude, il demande: que veux-tu ? Et l’aveugle répond. Seigneur, que je voie. Cette fois-ci rien de tel. Jésus  crache,  fait de la boue, la met sur les yeux de l’homme, lui impose les mains et lui demande  : que vois-tu ?

Bizarre, non ? Moi, Pierre, franchement, je me demandais ce que cela voulait dire . Pourquoi lui demander que vois-tu ? Pourquoi ne pas le guérir d’un seul coup? l’homme lui répond : j’aperçois des hommes, comme des arbres qui marchent.

Étonnant, vraiment. Du coup, Jésus lui impose les mains une deuxième fois, comme s’il avait raté son coup la première fois;

Nous, mon frère André et Jacques et Jean, on se disait : Jésus, qu’est-ce qu’il a derrière la tête ? Bien souvent , il fait des gestes pour nous dire quelque chose. Mais ce jour là, nous n’avons rien compris.

A la fin, l’homme a retrouvé la vue complètement. Puis, Jésus l’a renvoyé dans sa maison.

Et nous sommes restés baba, bêtement. Inquiets aussi : est-ce que Jésus n’avait plus la force pour guérir ? Pourquoi avait-il tant de mal pour aider un malheureux ?

Je suppose que tu as quand même compris le message.?

Oh, c’était assez simple, l’aveugle que Jésus voulait guérir c’était nous. Çà faisait des mois qu’il essayait de nous ouvrir les yeux, de nous montrer que le plus important n’est pas de dominer les autres, mais de les aider, mais rien à faire, nous étions comme bornés, myopes. Il en a eu du mal pour nous aider à changer. Il a du s’y reprendre je ne sais combien de fois.

Tenez, Quelques jours avant, il nous avait attrapés vivement. Je ne sais plus qui avait dit :

Zut, nous avons oublié d’emporter du pain. Qu’est-ce que nous allons faire ?

La réponse a été sèche. Vous ne vous rappelez donc pas que dans le désert j’ai donné du pain à manger à toute une foule ? Vous ne comprenez donc pas encore ?

Vous saisissez pourquoi je vous dis  : l’aveugle, c’était nous, bornés, fermés,

Ce n’était pas la peine de travailler avec lui, de voir tout ce qu’il faisait pour les malades, les désespérés, et de rester là sans rien voir. Oui, sans rien voir, avec nos yeux de quatre sous, alors qu’il nous aurait fallu bien les ouvrir, regarder, voir tout l’amour qui passait par ses mains. Rien, nous n’avons rien vu. Ou plutôt nous avons aperçu des choses importantes, mais à moitié, comme ce pauvre homme qui prenait les hommes pour des arbres qui marchent.

C’était pareil : ses gestes de pure bonté, nous les avons pris pour des preuves de force

Et la deuxième imposition des mains , qu’est-ce qu’elle voulait dire ?

Je vous le répète : Jésus a du s’y reprendre à deux fois, pour nous ouvrir les yeux.

Je vous ai déjà raconté : entre nous, il y avait des jalousies: qui va être le plus grand, quel poste allons-nous avoir dans le royaume…alors que des yeux bien ouverts auraient du comprendre qu’il fallait servir et non pas être servi.

Maintenant, Pierre, tu n’es plus aveugle, au contraire !

En tous cas, ce n’est pas de ma faute. Le jour où il a été arrêté, je croyais en lui, je l’ai même suivi jusqu’au tribunal, mais là, j’ai calé. Je me suis dit -toujours avec des yeux à demi fermés- non ce n’est pas possible, qu’un homme comme lui se laisse faire, il devrait écraser ces voyous.

C’est après qu’il m’a comme imposé les mains une deuxième fois, quand il m’a demandé: Pierre m’aimes tu ? C’est ce jour-là que mes yeux se sont vraiment ouverts.

Merci, Pierre, de nous avoir raconté cela.

Oh, ne me dîtes pas merci. Je vous demande seulement une chose; ne désespérez jamais. Le jour où vous avez du mal à croire, patientez, nous sommes tous pareils. Ce n’est pas facile de suivre un homme comme lui quand il nous demande, mettez-vous au service de ceux qui souffrent, de ceux qui n’y voient plus clair. Et vous verrez, oui, vous verrez quel bonheur on reçoit  comme l’aveugle, qui découvre à la fin les merveilles du monde.

 

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