Ils ont tué Pierre



Ma chère Flavia,

Cette lettre que t’apporte mon serviteur Justinus te dira combien mes sentiments sont partagés entre la tristesse et la joie.

Tu sais en effet que depuis quelques mois je me rends à l’assemblée de ceux qu’on appelle chrétiens et cela t’étonne encore.

Tu as raison, car les premières rencontres ont été assez difficiles pour moi dans des communautés où se côtoyaient toutes sortes de personnes, des juifs et des romains, des esclaves comme ceux que je vois à la maison tous les jours.

J’ai même failli tout abandonner aux ides de mars quand est arrivé de Palestine un des premiers disciples de Jésus.

Je m’imaginais ce Pierre comme un homme prestigieux, à la manière de mon époux le Sénateur. Mais non, c’est un homme humble, pas très bien habillé et avec des mains endurcies par la pêche.

Je me suis permis un jour de lui donner un conseil :
« Pierre, tu ne devrais pas raconter partout ce que tu as fait le jour où Jésus a été arrêté
Ce n’est pas bon pour les nouveaux arrivés d’apprendre que leur responsable avait calé devant une servante »

– C’est pourtant vrai. Ce jour-là j’étais prêt à me battre avec mon épée mais l’attitude de Jésus qui ne se défendait pas m’a retourné complètement. Quand cette petite m’a dit trois fois « Toi aussi tu es avec eux » Trois fois j’ai répondu : non, je ne le connais pas.

Mais, vois-tu si j’ai la force ou l’audace, comme tu dis, de présider notre assemblée, c’est à cause des paroles de Jésus quelques jours après l’avoir revu vivant.

Il aurait pu me faire des reproches. Non, simplement : « Pierre, m’aimes-tu ? » Trois fois. J’ai répondu « oui, Seigneur »
La troisième fois, j’ai craqué : « oui Seigneur, tu le sais, je t’aime. »

Et cette parole stupéfiante à un renégat comme moi : Pierre, prends soin de mes brebis.
Claudia, comprends-tu pourquoi je n’ai pas abandonné ?

Oui, j’admire comment cette façon d’aimer peut transformer une personne. Nous l’avons encore vu plus tard… Quand notre empereur Néron pris d’une folie meurtrière a fait brûler des milliers de nos frères chrétiens. Nous avons dit à Pierre, moi la première : « vite, sors de la ville cache-toi »

Il est parti de nuit avec quelques amis, mais il est revenu le matin même.

« Pourquoi ? Tu n’es pas raisonnable ! »

« Sur la via Appia j’ai ressenti comme une voix : « Pierre, quo vadis, pierre où vas-tu ? Prends soin de mes brebis. »
Oui, je reste pour vous dire et redire au sein de nos épreuves : aimons-nous les uns les autres, comme Il nous a aimés.

Pierre est resté. Pierre n’est plus.  Ce jour-là  j’ai demandé le baptême.

Chère Flavia, Moi, ta sœur Claudia, j’ai hâte de te revoir pour te redire l’immensité de ma peine. Et aussi le bonheur qui remplit désormais mon cœur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *