Pilate et le Ressuscité



Mettons-nous dans la peau de Pilate, le gouverneur romain. Entrons dans son palais.

En ce matin de Pâques, tout est calme dans le palais. Pilate a bien dormi, il est content de lui.

– Lieutenant Rufus, cette année, tout s’est bien passé dans cette ville de Jérusalem. Qu’en pensez-vous ?

*Monsieur le gouverneur, franchement, avec cette foule qui vient de partout, je m’attendais à des troubles, il y a toujours des énergumènes qui se prennent pour le Messie comme ils disent.
Monsieur le gouverneur, Vous avez bien fait de venir de Césarée, et d’amener la troupe.
Bonne précaution pour montrer à tous ces juifs que nous sommes les plus forts.

– La force, la force, lieutenant Rufus. Il n’y a que la force pour dompter ces énervés.

*La force, oui, monsieur le gouverneur, mais la ruse aussi.
Vous avez été particulièrement brillant avec Anne, le grand prêtre et Caïphe.
Quand vous avez jugé l’agitateur.

– Tu veux parler de ce Jésus de Nazareth ? Oui, je me suis dit : je ne peux quand même pas condamner un innocent, mais si je le relâche, ils vont pousser des cris, provoquer une émeute.
A la fin j’ai eu une idée géniale, j’ai réussi à les retourner.
Tu as vu, c’est eux qui ont fini par crier : « crucifie-le, crucifie-le ! »
S’il est mort, c’est de leur faute, moi, j’ai pu me laver les mains tranquillement.
La force et la ruse, rien de tel pour mater une foule.
C’est la base du pouvoir.

Pilate continue à faire ses discours : tout à coup, la porte s’ouvre, un soldat arrive tout essoufflé.

– Qu’est-ce qui se passe ? Qui vous permet d’entrer ainsi sans frapper ?

**Monsieur le gouverneur c’est cet homme que vous avez crucifié. Celui qu’on appelle Jésus.

– Eh bien oui, je l’ai fait crucifier. Il est bien mort, je le sais, le centurion me l’a confirmé. Il lui a percé le cœur. N’est-ce pas lieutenant Rufus ?

*Parfaitement, vous avez même donné la permission à un notable, Joseph d’Arimathie, de l’enterrer dans son jardin.

– Allez ne m’embêtez pas avec ce mort. Faites préparer les chevaux pour repartir à Césarée. La force a triomphé une fois de plus.
Au fait, pourquoi me parlez-vous de ce mort ?

**C’est qu’en ville, on ne parle que de lui, un tas de gens disent qu’ils l’ont vu, oui, vivant. Il s’est présenté à ses amis et à un tas d’autres.

– Qu’est-ce que vous me racontez, triple idiot ? Vous avez déjà vu un mort revenir à la vie ?
Rufus, redite-le moi qu’il était bien mort

* Bien sûr, pas de doute. Mes soldats ont vu qu’on l’a déposé dans un tombeau, avec une grosse pierre. Le médecin de mon unité l’a bien dit : un cadavre qui reste trois jours dans un tombeau, c’est la preuve qu’il est bien mort.

– Qu’est-ce qu’on dit de cela en ville ?

**Il y a des femmes qui sont allées voir. Elles arrivaient avec des parfums, des aromates pour embaumer le corps, mais le tombeau était vide, l’énorme pierre roulée. Vous parlez d’une frousse qu’elles sont eues.

– Oh des femmes, des femmes, même les juifs ne croient pas dans les femmes. Elles n’ont pas le droit d’être témoins dans un tribunal. Si vous n’avez que cela à me dire…

**Quand elles sont courues avertir ses amis, ceux-ci les ont envoyées promener, elles radotent, elles sont folles.

– Vous voyez bien que ce sont des histoires à dormir debout.

** C’est ce que je pense aussi, mais on dit aussi que ses amis sont allés voir ensuite. Et le tombeau était bien vide. Et puis, ils sont revenus, se sont enfermés, tellement ils avaient peur. C’est à ce moment qu’ils l’ont vu, les portes étaient fermées mais il était là devant eux.

– Soldat, vous m’énervez. En plus, vous êtes un traître. Oui, un traître.
Vous prétendez que cet homme, un misérable que j’ai fait exécuter, moi, le représentant de Rome, est plus fort que la mort.
Sachez, jeune homme, que la puissance romaine s’est étendue sur tous les pays grâce à notre force, à nos armes. Tous ceux qui ont voulu s’opposer ont péri. Ils sont morts maintenant.
Vous avez entendu dire qu’ils sont revenus à la vie pour nous battre ? Sur terre, celui qui possède la force et peut punir de mort, c’est lui qui a raison.
Rompez, soldat.
Vous n’êtes pas digne de porter une épée.

Lieutenant Rufus, vous êtes bien d’accord ?

** Monsieur le gouverneur, permettez-moi d’ajouter un mot. Vous avez raison de dire que la mort est le meilleur moyen pour conquérir un royaume. Mais j’avoue que j’ai été impressionné par notre centurion.

– Le centurion qui lui a percé le cœur ?

** Oui, juste à ce moment-là, je l’ai entendu dire une parole extraordinaire qui m’a bouleversé moi aussi.
« Cet homme est vraiment le Fils de Dieu »
Je n’en revenais pas, cet homme mourait devant lui, torturé, rabaissé au rang des plus misérables et mon centurion que je respecte énormément, le regardait comme un Fils de Dieu

– Fils de Dieu, fils de Dieu, qu’est-ce que cela veut dire ? Encore des histoires de leur religion. Moi, je suis fils de Rome, fils de l’empereur.
L’empereur est pour moi comme un dieu dominateur. Je suis fier de marcher avec lui. Je suis fils du dieu empereur.

** Je crois que mon centurion a voulu dire : Cet homme est fils d’un Dieu qui n’écrase pas, qui préfère se laisser faire sans se venger, de peur de faire du mal à. quelqu’un.
A mon avis, son Dieu est un dieu qui aime tous les hommes.

– Lieutenant Rufus, emmenez-moi cet homme au cachot. Moi, je ne rentre pas dans ces discussions de religion.
Si tous mes hommes commencent à se dire : il faut être bon, il faut aider les autres, il ne faut pas utiliser la force ou la violence…
Où allons-nous ? Non, il faut faire peur en menaçant de mort.
Vous savez ce qu’il m’a répondu votre Jésus, quand je l’ai interrogé. « Mon royaume n’est pas de ce monde. »
Moi, Pilate, représentant de l’empire romain, je suis du royaume de ce monde et je continue à utiliser la force et la ruse. Point final.
Vous ne me ferez jamais croire qu’on peut bâtir un empire en aimant les autres, en pardonnant. Ça ne marche pas comme ça.

Après cela, Pilate tourna les talons pour aller voir ses chevaux. Mais les soldats qui l’entouraient commencèrent à se poser des questions.

Est-ce que ce Jésus n’aurait pas raison ? Avec nos armes, sommes-nous capables de faire régner la paix.
Et le bonheur ? Nous faisons trembler le monde entier, mais est-ce que ça tiendra longtemps ?

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