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Madame Esther

Le dernier sourire




Se rapporte à l’Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 18, 1 – 19, 42

Si vous saviez, comme ça été dur ce vendredi-là.

C’est comme si j’avais reçu un coup de matraque sans m’y attendre.

Un peu à la fois, à force d’entendre Jésus, de voir tout ce qu’il faisait pour les pauvres gens, je me disais :

Le monde va changer, nous allons vivre heureux, comme des frères et sœurs, plus de guerres, plus de méchancetés, nos enfants vont être heureux.

Ce soir-là, tout était fini, ils l’avaient pendu sur une croix, comme le pire des voyous. Et ils se moquaient de lui, je les ai entendus :

« Tu te croyais fils de Dieu, plus grand que Moise, tu envoyais promener nos lois, sous prétexte qu’il fallait guérir les malades et même le jour du sabbat. Maintenant, descends de ta croix. »

Horrible ! un étalage de bassesse et de méchanceté. Une fois de plus, le mal était encore plus fort que le bien, la mort plus forte que la vie. Rien à faire, les bons seront toujours battus par les méchants.

J’ai demandé à Marc, vous savez celui qui a écrit plus tard la vie de Jésus : « Marc toi qui es juif, c’est vrai que celui qui meurt sur une croix, c’est qu’il est puni par Dieu ? »

Voici ce qu’il m’a répondu :

« Ne le sais-tu pas ? Tous les prophètes font des guérisons, comme Jésus, mais un vrai prophète, je dis bien, un vrai prophète, est toujours persécuté, mis à mort !

Pourquoi ?

Parce qu’il a l’audace de dire tout haut : vous n’êtes que des hypocrites, vous vous croyez justes, conformes à Dieu, mais c’est faux.  Dieu vous dit d’aimer les autres, et vous, vous les écrasez. Jésus est un vrai prophète, c’est pour cela qu’il a été pourchassé et mis à mort. »

Ensuite j’ai parlé à Luc, lui aussi, il a écrit la vie de Jésus.

Luc n’est pas juif et il m’a dit :
« Esther, c’est la même chose avec mes compatriotes, les grecs, ils se moquent de moi aussi : Écoute ce qu’ils me disent :

Pauvre Luc, ton Jésus, il n’est rien du tout. Tu as vu comme il est mort, incapable de se défendre. Nos grands hommes à nous, Alexandre, Héraclès, ils meurent dans la gloire, ils font des exploits. Mais lui, entre deux délinquants et sur la croix des esclaves. Laisse-moi rire. »

Même moi, Luc, au début, je n’osais pas répondre. C’est vrai qu’on ne voyait au premier abord qu’un échec complet.

Mais je me suis informé, je me suis rendu compte qu’au milieu de la misère on pouvait découvrir la grandeur. Le plus grand ce n’était pas Pilate le gouverneur romain, mais cet homme crucifié sur une croix. 

Esther, as-tu lu ce que j’ai raconté dans mon livre ?

Sur la croix il y avait deux larrons à côté de Jésus, l’un se moquait mais l’autre a bien vu clair, il s’est tourné vers le premier voyou et lui a dit :

Pour nous, c’est juste, nous l’avons mérité, mais lui, Jésus, il n’a rien fait de mal

Et il a même ajouté : Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton paradis.

Esther, tu étais comme paralysée de douleur, mais as-tu entendu le cri du capitaine, celui qui venait de mettre Jésus à mort d’un coup de lance ? Surement, cet homme était un juste !  

Trop souvent on s’extasie devant les grands hommes, Jules César, Napoléon, Staline.

Mais moi, Luc, je préfère donner ma confiance à quelqu’un qui a été capable d’aimer jusqu’au bout, plutôt qu’à ces soi-disant grands hommes qui ont fait massacrer des milliers de gens.

En entendant Luc, moi Esther, une femme du peuple, j’ai senti comme une bouffée de joie dans mon cœur. Pas pour moi, mais pour mes enfants. Oui, c’est Jésus qui avait raison. Ce qu’il avait fait c’est cela qu’il fallait faire.
Bien sûr, Il y aura toujours des hommes qui trahiront comme Judas pour une poignée de sous, des hommes comme Pilate qui condamneront des innocents, mais ce qui compte, ce sont toutes les personnes, sincères, droites comme ce bandit sur la croix ou comme le soldat romain qui s’écrient

Tu as raison, Jésus, C’est en toi que nous croyons, c’est avec toi que nous marchons, pas avec Pilate, pas avec l’argent de Judas

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Madame Esther

Le petit vendeur de pains


Pour écouter :


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6, 1-15

Jésus était passé de l’autre côté du lac de Tibériade (appelé aussi mer de Galilée). Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait en guérissant les malades. Jésus gagna la montagne, et là, il s’assit avec ses disciples.
C’était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des Juifs. Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait bien ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus dit : « Faites-les asseoir. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu. » Ils les ramassèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d’orge après le repas.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. » Mais Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne.


Esther : Vous ne connaissez pas Jonathan vous savez le jeune garçon qui vend des pains sur la route ?

Un garçon courageux, écoutez ce qu’il me disait, il y a huit jours

Jonathan :  Madame Esther, vous, je vous aime bien mais les copains ne sont pas toujours gentils. Ils se moquent de moi : dis-nous combien tu as vendu de tes pains moisis ?
Ou bien ils me disent : ta maman elle ne t’aime pas, elle ferait mieux de t’acheter des sandales avec des semelles sans trous.

C’est pas vrai, ma maman elle va m’en acheter dès qu’elle pourra, parce qu’elle a bien du mal surtout depuis que mon papa est mort.

C’est pour ça que je vais vendre les galettes que ma maman a faites ce matin. Et puis monsieur André va me donner des petits poissons pour les vendre

Ah si tout le monde était comme monsieur André, c’est un pécheur du lac, lui, il ne me méprise pas, au contraire.

Depuis quelques mois il est encore plus bon je ne sais pas pourquoi ?

Esther : Ce matin je te trouve tout souriant, rayonnant. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Jonathan :   C’est monsieur André. Hier il m’a dit : « Jonathan, viens dans les collines, tu verras, il va venir un monde fou. Tu pourras faire de bonnes affaires ?

Esther :  Et alors, tu as bien vendu ?

Jonathan   Et bien, madame Esther, si vous aviez vu. Des gens il en venait de partout, de Jéricho, de Bethanie, de Hebron. Comme elle va être contente ma maman avec tout ce que je vais vendre.

Monsieur André, est-ce que je peux commencer ?

Chut, attends un peu, écoute ce que dit Jésus.

Ce monsieur Jésus, il était là au milieu et tout le monde l’écoutait. C’est beau ce qu’il disait, il y avait là tant de pauvres gens, jamais on ne leur avait parlé comme ça. Moi je ne comprenais pas tout et puis ma corbeille était toujours pleine.

C’est seulement vers le soir que j’ai repris espoir.

Monsieur Jésus a arrêté de parler et il a dit à ses amis : « il se fait tard et j’ai pitié de cette foule qui n’a rien à manger »

Un grand costaud, il s’appelle Pierre qu’on m’a dit, a répondu : Tu as raison, il faut les renvoyer tout de suite, ils ont le temps d’aller dans les villages pour acheter ce qu’il leur faut.

A ce moment, je me suis écarté quand j’ai vu comment le Pierre s’est fait rabrouer. « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » C’était sec.

Monsieur André, lui, il a essayé de ramener la paix « Regarde Seigneur – il l’appelait Seigneur d’une voix douce et pleine de respect – Seigneur, il y a ici un jeune garçon, il a quelques pains et des poissons »

Vous avez compris, c’était moi.

Les autres se sont mis à rire : Qu’est-ce que tu veux faire avec sept poissons pour une foule pareille ?

Après je ne sais plus bien ce qui s’est passé. J’ai donné ma corbeille de pain tout en me disant : « ma maman elle ne va pas être contente ».

J’étais comme perdu, j’ai entendu un remue-ménage, des cris de joie et monsieur André qui m’appelle :

« Jonathan viens donc nous donner un coup de main. Prends une corbeille, tu vas aller distribuer à manger au groupe qui est là-bas, près du rocher. »

Jésus nous a dit de les faire asseoir par paquets, je pense que c’est un bon moyen pour éviter les resquilleurs et surtout pour n’oublier personne »

Au fond, j’étais fier, les gens me souriaient, ils me disaient : « merci, mon petit Jonathan, ou bien : tu n’aurais pas encore un petit morceau pour grand-mère ? »

Vous vous rendez compte, me demander ça à moi ?

Après, et bien après, il en restait une bonne quantité.

Monsieur André me dit : Jonathan, pourquoi tu n’emporterais pas trois ou quatre corbeilles pour ta maman et tes petits frères ?

Et pour ma petite sœur aussi ?

Mais bien sûr !

Monsieur André, pourquoi il fait tout ça, monsieur Jésus ? C’est pour devenir leur chef ?

Mais Jonathan, ne dis pas de bêtises. Tu n’as pas entendu ce qu’il a dit :

Venez à moi, vous qui souffrez, mon Père souffre de voir tant de ses enfants qui sont malheureux, des aveugles, des boiteux, des méprisés.

Il a dit aussi, tu l’as peut-être entendu : J’ai pitié de cette foule

Et vous, Madame Esther, qu’est-ce que vous en pensez ? C’est vrai ce qu’il dit ?

Esther : C’est tellement vrai et tellement important que nous devons tous faire pareil avoir pitié de ceux qui sont trop écrasés par la vie, leur venir en aide

Jonathan : Chic alors. Peut-être que quelqu’un va me donner une paire de sandales, sans trous !

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Madame Claudia

Le dernier repas


Pour écouter :



Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 26, 26-29

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous,
car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés.
Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »



Bonjour. C’est encore moi, Claudia.

J’ai commencé à vous raconter ce que Pierre nous avait dit à Rome. Vous allez me dire, ce sont des souvenirs de vielle femme .. Mais c’est encore bien clair dans mon esprit. D’ailleurs, vous n’avez qu’à relire ce que saint Marc a écrit là-dessus.

Vous voulez que je vous dise ce qui s’est passé quelques jours avant la mort de Jésus? Je vais seulement vous redire ce que Pierre nous a dit :

C’était un jeudi, la veille de sa mort, le repas ce jour-là, nous a marqués profondément. J’étais assis près de Jésus, Jean de l’autre côté.

Au milieu du repas. Jésus a pris du pain. Rien de bizarre, mais écoutez ce qu’il nous a dit:

« Prenez, ceci est mon corps » on s’est regardé ! Qu’est-ce qu’il raconte? Moi, je m’attendais à autre chose plus en rapport avec ce qui se tramait dehors, les menaces, les ennemis qui complotaient pour le faire mourir. Les pharisiens avec leurs airs de supériorité, les grands prêtres Anne et Caïphe avec leur Temple et leurs richesses.

J’aurais préféré qu’il nous dise : cette épée que Pierre a apportée, c’est moi maintenant. Je vais aller les trouver ces gaillards malfaisants, je vais leur montrer que je suis plus fort qu’eux. Tremblez, je suis pour vous I’ épée qui va vous pourfendre, je vais vous régler votre compte, je suis l’I épée de Dieu. La puissance de Dieu, le tonnerre de Dieu comme sur le mont Sinaï.

Je lui aurais dit aussi : Jésus, ouvre les yeux, c’est fini, arrête de nous dire que tu veux être du bon pain, je le sais que tu as aidé les boiteux, les aveugles, que tu as donné du pain aux affamés, à quoi ça a servi tant d’amour ?

Le comble, c’est quand il a ajouté : ce vin que nous répandons, c’est mon sang, qui va être livré. Toujours la même volonté. Laisser les voyous répandre son sang. Descendre aux niveaux des plus faibles, qui ne peuvent pas se défendre. Mais c’est leur sang à ces voyous qu’il faut répandre. Rien à faire avec lui : Donner, Se Donner, Pardonner, nous aimer les uns les autres. Devenir du bon pain pour les autres. II ne renonce pas à son idée : Ce pain que vous mangez et qui se laisse faire, c’est moi, c’est lui qui vous donnera la vie.

Moi, Pierre, sur le coup je n’ai rien compris, je n’étais même pas d’accord avec Lui, mais j’ai remis mon épée dans un coin et je l’ai suivi. Maintenant, je vois que j’ai bien fait de le suivre.

Ici à Rome, je vois mieux qu’il avait raison. Trop de gens se nourrissent avec de l’or, de la force, c’est une nourriture qui n’apporte que violence et injustice. Ils feraient mieux de se nourrir du pain qu’il nous a donné.

Voilà, Claudia, ce que tu peux dire à ceux que tu connais. Qu’ils ne se trompent pas de pain.

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Madame Esther

Prendre sa croix derrière Jésus


Pour écouter :


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 14,25-33.

En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.
Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : “Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !” Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix.
Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »


Bonjour madame Esther, vous étiez là ce jour-là ? Et qu’est-ce que vous avez pensé du discours un peu radical de Jésus ?

C’était la première fois que je le rencontrais, ça a été un choc.

J’étais sortie pour acheter un peu d’huile, j’entends un remue-ménage, un bruit de foule, et là, au milieu un homme qui parlait. Belle prestance, une voix forte, je m’approche, qui c’est celui-là, je demande à Ruben mon cousin.  Chut, tais-toi, c’est le prophète.

Le prophète ? Quel prophète ?

Jésus, celui qui vient de Nazareth. Un homme extraordinaire ; tu entends comme il parle ? Le vieux Ezéquiel qui va à la synagogue tous les samedis m’a dit : fais attention, Ruben, c’est certainement le Messie qui arrive.

Il parle comme les prophètes d’autrefois, comme Isaïe, Amos ou Jérémie. C’est clair, Dieu a pitié de nous.

Le Messie va nous délivrer, il va chasser les Romains comme le roi David.

Moi, Esther, je m’approche encore. Un Messie qui va me donner du pain tous les jours, j’en veux bien. Je marche avec lui.

Et bien pour une première rencontre ça a été la douche froide !

Qu’est-ce qu’il dit ?

« si quelqu’un vient à moi sans quitter son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple »

Vous vous rendez compte ? Mon papa, ma maman, mes frères et sœurs, je les aime bien. Bon, je m’en vais, j’en ai entendu assez.

Ruben, ton Ezéquiel, tu peux le garder pour toi.

Mais Ruben me retient par la manche : Non, attends, ce n’est pas fini !

Et qu’est-ce que j’entends alors ?: «  celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite, ne peut être mon disciple »

« Ne peut être mon disciple » Ça ne me tracasse pas trop, parce que de toutes façons, moi, une femme, je n’ai pas le droit d’être le disciple d’un rabbi, d’un maître.

Mais si c’est un prophète, on comprend ce qu’il veut : s’il veut faire de grandes choses, il a besoin de gens bien décidés, pas des demi-portions. Quand David partait en guerre, il s’entourait de guerriers prêts à tout sacrifier. Ce Jésus parle d’un Royaume de Dieu qu’il va mettre en place, il n’a pas besoin de froussards .

Du coup, je reste encore un peu, et Jésus se met à expliquer :

Si tu veux construire une tour, réfléchis bien : combien de sous tu as dans ta poche ? Ne fais pas comme l’oncle Ibrahim qui a commencé une tour pour surveiller sa vigne et a calé au bout d’un mètre de hauteur.

Jésus continue et parle d’un roi qui veut partir en guerre. Tiens, le voilà ce Royaume de Dieu, c’est donc qu’il pense vraiment à se battre ?

Ce roi dit-il, fait le compte de ses soldats.  Holà, son ennemi en a le double. Alors du calme, il vaut peut-être mieux trouver une conciliation.

Oui, voilà qui me paraît déjà plus sensé mais aussitôt, il enchaîne avec des paroles tellement intransigeantes : il faudrait renoncer à tout ce que l’on possède pour le suivre. Alors là, je suis sûre que ça va en refroidir plus d’un et toute cette foule qui le suit, elle va réduire à la vitesse grand V…

Oui, voilà ce que J’ai entendu la première fois ; il y avait de quoi m’embrouiller les neurones, pas vrai ? mais je me suis dit : voyons Esther, ne t’emballe pas. Si cet homme a vraiment envie de nous libérer, cela vaut peut-être la peine de marcher avec lui.

Merci, madame, Esther. Je retiens ce que vous m’avez dit, parce que moi aussi, de temps en temps je suis –comment avez-vous dit  ? – une demi-portion. Je suis croyant mais pas toujours très décidé.

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Mamie Gisèle

Une Divine Apparition



Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 17, 1-9

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »
Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! » Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »



Cette fois-ci, Mamie Gisèle, nous sommes en plein rêve, un vrai film de science-fiction, avec des effets spéciaux, genre « Guerre des Étoiles », les épées lumineuses en moins.
Qu’est-ce qu’il raconte votre évangile ?? Jésus transfiguré, ses vêlements plus blancs que la neige et une nuée tout autour ? C’est un conte de fées. Et les apôtres qui en restent baba… Transfiguré, transfiguré, quoi encore ?

– Joseph, qu’est-ce qui s’est passé hier matin chez toi, quand je suis allé t’emprunter ta perceuse ?

Ta petite fille, Lucie, si mignonne dans son berceau, la pauvre comme elle pleurait, comme elle criait ! Et tout d’un coup quand tu t’es penché sur elle, elle t’a fait un sourire extraordinaire.

J’en avais moi-même les larmes aux yeux de la voir si jolie, changée d’un seul coup, transfigurée et toi tu es resté baba comme tu dis… Ça, c’était la vraie Lucie que tu aimes tant.

C’est ce qui s’est passé le jour où Jésus a été transfiguré.
Quelques jours après, les apôtres vont le voir maltraité, humilié, couvert de plaies.
Mais aujourd’hui, ils ont vu la vraie réalité. Cet homme, qui s’appelle Jésus, a été transfiguré, illuminé de l’intérieur, au contact de son Père, rempli d’un si grand amour, il est devenu tout sourire, toute lumière, transfiguré par un immense amour.

Je vais te faire une confidence Joseph.
Peut-être qu’un jour, je vais devenir une veille femme toute rabougrie et souffrante
Mais j’ai un souhait, un rêve. Si mes petit-enfants pouvaient se souvenir de moi comme d’une mamie sourire, d’une mamie lumière, une mamie transfigurée par l’amour qu’elle a pour eux.

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Madame Esther

Les vendeurs du Temple !



Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 2, 13‑25

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem. Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment. Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.
Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.


L’apôtre Jean, devenu l’ancien de la communauté chrétienne était assis au milieu des chrétiens. Tous l’écoutaient avec attention. Sans cesse, il revenait sur le même refrain: « Aimez-vous les uns, les autres »
Un jour, un des plus jeunes osa lui faire une réflexion qui surprit tout le monde :
Jean, tu  nous redis toujours la même chose, aimez-vous, comme Jésus nous a aimés.  Mais dans les souvenirs que tu as déjà mis par écrit, il y a un passage qui me tracasse.

Lequel, mon enfant ?

C’est le jour où Jésus est venu au Temple de Jérusalem. Tu nous racontes que ce jour-là, il a regardé la foule, les marchands, les pèlerins qui venaient de partout, et soudain, ça a été la panique….

C’est bien ce que j’ai vu et que j’ai raconté je m’en souviens encore très bien.  Il a pris des cordes, fait rapidement un fouet et s’est mis à culbuter les tables des changeurs de monnaie, il a jeté dehors les marchands d’animaux. Ceux qui vendaient des bœufs, des moutons pour les sacrifier sur l’autel.
Je vois encore le Maître debout au milieu de ce marché qui envahissait la cour du temple. Comme s’il ne supportait pas les cris, les appels des vendeurs pour attirer le client. Jamais je n’avais vu le Seigneur aussi en colère.

C’est bien ce qui me tracasse. Tu nous dis toujours que le Maître était la bonté même, qu’il demandait comme toi de nous aimer les uns les autres, et maintenant, tu nous dis qu’il s’est mis dans une grande colère ? Je ne comprends pas… Pourquoi ?

Je t’avoue, moi non plus, je n’ai pas compris sur le coup. Pourquoi a-t-il renversé les tables des changeurs de monnaie ?
Ces gens-là rendaient service aux pèlerins. Vous savez sans doute, que dans le temple qui était sacré, il y avait une monnaie spéciale. On n’allait quand même pas utiliser les pièces des étrangers, celles des romains par exemple.
Si Jésus les chasse… Comment vont-ils faire pour se procurer la monnaie qu’ils voulaient offrir à Dieu ?

D’accord, mais ça ne me dit pas pourquoi il s’est tant mis en colère.

Est-ce que tu as bien lu ce que j’ai écrit, ce que Jésus a dit aux marchands ? « Ne faîtes pas de la maison de mon Père une maison de trafic »

Au fond, c’est qu’il ne peut pas supporter les voleurs ???

C’est la première explication qui m’est passée par la tête. C’est vrai que dans le temple de Jérusalem il y avait un trafic terrible.
Les responsables, ceux qu’on appelait les grands prêtres comme Anne ou Caïphe, s’en mettaient plein les poches. Le trésor des offrandes qui aurait du servir pour aider les pauvres, aboutissait dans les palais des grands prêtres.

Il y a donc une explication que nous avons mis du temps à comprendre.
Pour lui, le temple c’était la maison de son Père. Une maison où tous les croyants, petits ou grands, peuvent venir, s’y sentir en paix, parler avec Dieu, regarder les autres comme des frères, puisqu’ils sont dans la même maison, qui est celle d’un père.

Qu’est-ce qu’il voit ? Des gens en prière, heureux d’être là ensemble ?
Non, des chiffonniers qui se battent pour vendre leur marchandise.
Est-ce qu’il entend le chant des psaumes écrits par nos ancêtres ?
Non, plutôt les cris des animaux qu’on égorge sur l’autel des sacrifices.

Donc ce qui le met en colère c’est que la maison de Dieu qui est un Père est devenu le pire des marchés couverts.

Exactement, on a volé Dieu. On a trahi les vieux croyants qui ont bâti cette maison. Pour que tous y viennent parler avec leur Père.
La foule des pèlerins pensent entrer dans la maison de Dieu, et dès qu’ils ont franchi la porte, ils sont plongés dans la maison de l’argent ou du commerce.

Tu sais, Jean, à quoi je pense ?

L’autre jour, j’ai attrapé un bel oiseau. Ma sœur s’est mise en colère. « Tu n’es pas honteux, un si bel oiseau fait pour voler, sa maison c’est le ciel, et toi, tu l’enfermes dans une cage comme s’il était un rat. »

Tu féliciteras ta sœur, car elle pense comme Jésus. L’être humain est fait pour voler, pour regarder vers le ciel, pour parler avec son Père qui est Dieu. Il est fait pour vivre dans la maison de Dieu et bien souvent, nous l’enfermons dans une cage.
Il est fait pour parler, pour communiquer avec Dieu et avec ses frères. Et il ne trouve que des marchands qui ne pensent qu’à leur commerce.

Jean se tait un instant, songeur et triste.

Dans ma longue vie, j’ai rencontré deux sortes de gens qui avaient perdu ou presque perdu leur humanité leur dignité d’être humain.

Ceux qui étaient tellement écrasés par la misère qu’ils ont l’impression de retomber au niveau des animaux ; ils ont tellement faim qu’ils ne pensent plus qu’à une chose : manger. Plus question de dialoguer, de partager avec leurs frères, ni de prier Dieu.

J’espère qu’il y aura toujours des amis de Jésus qui se mettront en colère, pour rendre une parole humaine à tous ces malheureux.

Et puis, il y a ceux qui au contraire sont tellement repus ou bien tellement orgueilleux qu’ils ne pensent qu’à eux. Tout tourne autour d’eux. Comment voulez-vous qu’ils restent humain, qu’ils entrent en relation de confiance avec les autres et encore moins avec Dieu.

J’espère aussi qu’il y aura toujours des croyants qui se mettront en colère et leur diront : sortez de vos égoïsmes, partagez avec vos frères, regardez vers le ciel c’est là qu’est votre vrai bonheur.

Maintenant, je dois vous quitter. Mais je vous redis encore une fois -vous allez dire que je suis un vieillard qui radote – « Aimez-vous les uns les autres comme Dieu vous a aimé »

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Mamie Gisèle

Le diable, vous y croyez ?



Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 4,1-11
Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le démon l’emmène à la ville sainte, à Jérusalem, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le démon l’emmène encore sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu adoreras. »
Alors le démon le quitte. Voici que des anges s’approchèrent de lui, et ils le servaient.


Quelle histoire, vous y croyez, vous Mamie Gisèle à cette histoire du diable dans le désert ?
C’est un conte pour enfants. Et puis changer des pierres en pain, qu’il lui dit le diable à Jésus , vous avez déjà vu ça ?

Mais bien sûr, mon cher Joseph, je vois ça tous les jours et toi aussi.
Changer les pierres en pain ?
Mais Joseph, tu n’aurais pas envie comme certains de posséder le pouvoir économique ?
Comme on dit : celui qui a les cordons de la bourse, il peut mener tout le monde à sa guise quitte à glisser en douce quelques pots de vin.

Celui qui possède les médias, il peut en mettre plein la vue à tout le monde !

Regardez, je suis capable de sauter du haut du temple

Tu connais la blague canadienne ? Messieurs dames, votez pour moi, je vous ferai construire un pont.
– Mais Monsieur le député, nous n’avons pas de rivière !
– Justement je vous en ferai une de rivière.

N’importe quoi pour éblouir les gogos.

Celui qui possède le pouvoir politique et la force armée, il peut faire trembler tout le monde, et ce n’est pas ça qui manque dans notre pauvre monde d’aujourd’hui.

Eh ben Mamie Gisèle vous en avez une façon d’expliquer les choses; mais vous avez raison, des diables j’en vois maintenant partout; Méfions-nous..

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Le Maharadja de Brahmansimpur et les tentations du désert



Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 4, 1-11

Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le démon l’emmène à la ville sainte, à Jérusalem, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le démon l’emmène encore sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu adoreras. »
Alors le démon le quitte. Voici que des anges s’approchèrent de lui, et ils le servaient.


Saint Luc, comme saint Mathieu nous raconte qu’avant de commencer à prêcher, Jésus va dans le désert.

C ‘est normal, avant d’entreprendre une œuvre importante, il est bon de réfléchir dans le silence, de peser le pour et le contre, de se redire ce qu’on veut faire exactement.

Pour ce beau texte, voyons ce que donne le récit de saint Luc dans une autre culture, une autre civilisation.

Pour cela, je vous invite à une expérience spéciale. La voici, n’ayez pas peur, nous allons nous téléporter en Asie….Ouvrons les yeux.

Le Maharadja de Brahmansimpur revient chez lui, tranquillement.

Du haut de son éléphant, il domine la foule. Majestueusement, l’animal orné de belles courroies dorées, écarte de sa trompe les badauds émerveillés qui s’inclinent respectueusement.

– Eh toi, l’homme, oui toi, crie le grand monarque. Viens un peu par ici, monte avec moi, je suis curieux de voir ce tu as dans la main, qu’est-ce que tu lis avec tant d’attention ? La route est longue jusqu’au palais et tu vas me tenir compagnie.

— Sire, je relis et médite ce que nous enseigne Notre Seigneur Jésus Christ.

– Si je comprends bien, tu es chrétien. Dis-moi donc ce qu’il raconte ton Jésus.

— Voici ce que j’ai commencé à lire : Avant de commencer à prêcher sa Bonne Nouvelle, Jésus s’est retiré au désert pour faire le point sur sa mission.

– C’est très bien, cela. C’est ce que font nos moines bouddhistes chez nous depuis des siècles

— C’est à ce moment que le diable cherche à brouiller les cartes. Il se méfie. Ce Jésus, qu’est-ce qu’il a derrière la tête? Le diable s’approche avec son faux air bonhomme

D’un air doucereux, le diable lui dit : J’ai beaucoup d’expérience, veux-tu que je te donne un bon conseil ? J’ai appris que tu venais pour bâtir un nouveau royaume. C’est vrai ?

Si tu es fils de Dieu, si tu veux devenir roi d’un grand royaume, écoute-moi, voici mon premier conseil : tu vois ces pierres, dis-leurs de devenir des pains.

– Ah, ah, pas bête, ton diable ! dit le maharadja, Je connais ça, tu n’as qu’à donner du pain, des babioles à la foule et tout le monde accourt, te dit merci. Si tu veux avoir des partisans, distribue des faveurs à tes courtisans et tu les tiens, ils ne peuvent plus se passer de toi. C’est le moyen numéro un.

Sais-tu comment mon grand-père, Dieu ait son âme, a bâti son royaume ?
Tout bêtement en contrôlant les ressources du pays. Être maître de l’économie voilà la clef du succès. Ton Jésus a dû apprécier le conseil.

— Ben, ben, ce n’est pas ce que je lis. Voulez-vous vraiment que je continue ?

– Allons, allons, mon brave, n’aies pas peur. Tu connais ma largeur d’esprit.

— Voici ce que Jésus répond au diable : « Il est écrit: l ‘homme ne vit pas seulement de pain »
Il veut dire que les richesses matérielles, bien qu’elles soient nécessaires pour vivre, ne sont pas le plus important. Il ne faut pas seulement se procurer de quoi manger, mais il faut aussi manger la parole de Dieu.

– J ‘avoue que je ne comprends pas bien, mais tu m’intrigues. Tu as peut-être raison. De fait, j’ai des garçons qui ne sont jamais contents. Tiens, l’autre jour, le plus jeune m’a dit : papa, tu n’es jamais à la maison, on se demande si tu nous aimes. Pourtant ils ont de tout à la maison, il ne leur manque rien, mais vraiment rien. Qu’est-ce qu’il leur faut en plus ?

Mais je t’ai interrompu.

— Voici le deuxième conseil que le diable donne à Jésus pour bâtir son royaume.

Il le conduit à Jérusalem, tout en haut du Temple.

– Oui, j’en ai entendu parler, mon cousin le vizir y est allé

— Tout en haut du temple, il lui dit : si tu es le fils de Dieu, jette-toi en bas.

– Ce n’est pas bête non plus. Regarde-moi, quand je passe dans la ville, monté sur mon grand éléphant, tout le monde est rempli d’admiration. Comme il est puisant notre maharadja ! Mais de là à sauter par terre pour les épater, non.
A quoi bon ?

— Le diable veut lui dire : saute de là-haut, sans te faire mal et ce sera le succès total. La foule réunie en bas va s’écrier : miracle, on n’a jamais vu rien d’aussi extraordinaire.

C’est cet homme-là qu’il nous faut ! Pas de doute, il vient de la part de Dieu !

– Pourquoi donc de la part de Dieu ?

— Parce qu’il est écrit dans l’écriture : Dieu donnera des ordres à ses anges et ils te garderont.

– Ton diable est encore plus malin que je pensais !

Il utilise les paroles de Dieu. Moi, je n’ai pas besoin de faire des miracles, j’avoue que mon ministre de l’intérieur utilise très bien les médias pour ma propagande, ça revient au même.

L’astuce est d’en mettre plein la vue au public et ils te suivent comme aveuglés.

— Mais justement, pardonnez-moi, maharadja, Jésus n’est pas du tout d’accord, il répond au diable: « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu »

Je crois qu’il veut dire : ne te prends pas pour un dieu.

– Bon, bon, j’ai compris. Mais continue un peu. Ton récit me paraît très curieux.

Ce n’est pas cela qu’on m’a appris. Moi, je crois plutôt aux bonnes vieilles recettes de mes ancêtres qui sont arrivés au pouvoir. Et justement, qu’est-ce qu’il dit du pouvoir ton diable ?

— Tu veux que je te lise ce qui suit ? C’est le troisième conseil.

« Le diable le conduisit sur une montagne, il lui montra tous les royaumes et lui dit : je te donnerai toute cette puissance avec sa gloire, mais à une condition :  prosterne-toi devant moi, si tu m’adores, tout ce pouvoir sera à toi »

– Je t’arrête, cette histoire de diable qu’il faut adorer, je n’y comprends rien.

Moi, je n’ai jamais vu le diable et jamais, jamais, je ne me suis prosterné devant lui pour arriver au pouvoir.

— Oh, Maharadja, je te connais bien, sinon je n’oserais pas parler ainsi devant toi. Cependant, permets-moi de poursuivre.

– Allez, tu peux parler.

— Nous connaissons d’autres dirigeants qui n’ont pas la même honnêteté. Ils n’adorent pas le diable en personne, mais pour eux le diable, c’est l’argent. Ils l’adorent au point de tout lui sacrifier, de lui dédier toutes leurs forces. Ils l’adorent tellement qu’ils oublient leur famille, leurs enfants, leur peuple.

D’autres adorent le diable quand ils écrasent toute opposition par la force et les armes. Nous avons connu d’autres maharadja qui sont arrivés au pouvoir par la ruse, les magouilles, le mensonge. Ne dit-on pas que le diable est père du mensonge ?

– Je vois ce que tu veux dire. Dis-moi encore, qu’est-ce que ton Jésus a répondu au diable. ?

— Tout simplement : « Il est écrit : tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu n’adoreras que lui seul »

Pour nous, le Seigneur notre Dieu est le Créateur de l’univers, de tous les êtres humains. Nous disons aussi qu’il est père de tous. Si je l’adore, lui, et lui seul, je cherche à agir comme lui, à aider tous ses enfants.

– Ce n’est pas sot du tout ce que tu me dis. J’ai connu dans mon royaume un vieux sage qui répétait sans cesse, respectez la nature, respectez tous les humains, car Dieu les aime tous.

Excuse-moi maintenant, nous arrivons au palais. J’ai été heureux de ta compagnie. Je voudrais à mon tour te demander un service. Pourrais-tu me prêter ton livre, tu l’appelles Évangile, je crois.

J’ai comme l’impression qu’il pourrait me rendre service. Tu sais, j’ai déjà réfléchi. Quand mon grand-père a pris le pouvoir, il n’a pas trop fait attention aux moyens. Aujourd’hui, il me faut changer, mon peuple n’accepte plus les méthodes d’autrefois.

Merci et j’espère que nous nous reverrons un jour.

C’est l’histoire d’un maharadja dans un pays lointain. Mais parfois j’ai l’impression de lui ressembler, nous donnons trop d’importance aux choses matérielles en oubliant que nous avons besoin de manger une vraie nourriture, ou bien nous cherchons le prestige, nous cherchons à paraître mieux que les autres, et finalement que de soucis pour notre pouvoir !

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Mamie Gisèle

Carême ou mardi gras ??

 

Pour écouter :

 

 


Mamie Gisèle, c’est-y pas bientôt le carême ?

Tiens, tu t’intéresses au carême maintenant ?

Bah, ce n’est pas tellement le carême, moi, ce qui me plaît c’est le mardi gras.
Je ne sais pas si tu as vu le carnaval de Dunkerque à la télé. Mais y a pas à dire, ces gens-là savent faire la fête.
Et ils remettent ça tous les weekends, à Malo, à Rosendaele et tous les bleds autour de Dunkerque, chacun leur tour.
Mais c’est toujours la même rigolade, les déguisements, les chants, les danses, et on s’arrête chez les copains pour boire un coup, faire chapelle ils appellent ça.

Alors, nous bien sûr, on n’y va pas à Dunkerque mais avec le Raymond, on fait la fête aussi le mardi gras.

Qu’est-ce qu’on s’est mis l’année passée, avec Nestor et toute la bande. On a fait une de ces bombances !

– Allez, tais-toi, Joseph, tu sais que je t’aime bien malgré tes soûleries, mais cette fois, tu n’as pas honte ?

Et pourquoi j’aurais honte, mamie Gisèle ? Un bon mardi gras, c’est un bon mardi gras, on s’en met plein la panse.

– Joseph, regarde bien ton gros chat, tu l’aimes bien, vrai ?
C’est parce qu’il finit toute sa pâtée et qu’il en redemande encore ou bien parce qu’il saute sur tes genoux en ronronnant et en te léchant les mains quand tu t’installes dans ton fauteuil pour faire la sieste ?

Alors, pense à tes petits enfants :
Ils t’aiment bien parce que tu as un gros ventre, ou bien parce que tu as bon cœur ?
Parce que tu fais la bringue de temps en temps ou bien parce que tu donnes un coup de main à tes voisins?

Alors, profite du temps de carême et tu sais ce que tu peux faire ?

Chaque fois que ton chat se mettra à miauler pour réclamer sa pitance, dis-toi qu’aux Restos du cœur, ils ont peut-être besoin d’un coup de main.

Quand il sautera sur tes genoux en ronronnant, dis-toi que le vieux Paul qui est tout seul et qui n’a pas bon moral, serait sans doute heureux d’avoir la visite d’un bon copain.

Allez, oublie le mardi gras