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Madame Esther

Les Dix Lépreux et le gamin


Pour écouter :


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 17,11-19.

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent: « Jésus, maître, prends pitié de nous.»
À cette vue, Jésus leur dit: « Allez vous montrer aux prêtres.»
En cours de route, ils furent purifiés.

L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain.
Alors Jésus prit la parole en disant: « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés? Les neuf autres, où sont-ils? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu!»
Jésus lui dit: « Relève-toi et va: ta foi t’a sauvé. »


Madame Esther, vous avez bien connu ce qui se passait au temps de Jésus, n‘est-ce pas ?

J’imagine que ça a dû grincer dans la foule quand Jésus a dit : « Il n’y a eu qu’un étranger pour rendre gloire à Dieu »

Et tous les bons Juifs qui écoutaient ont dû être furieux. Et vous, vous qui êtes une bonne Juive, qu’est-ce que vous avez pensé ?

Ah, ne m’en parlez pas. Déjà quand un Samaritain passe par ici, pas question de lui parler ou de lui donner un verre d’eau. Des hérétiques, des mécréants, des faux croyants. C’est ce qu’on leur dit.

Imaginez un peu la stupeur qui nous a saisis.

D’abord, on a applaudi, moi aussi ! Des lépreux, dix lépreux,  qui sont guéris c’est à ne pas y croire.
Ce Jésus, quel homme !  Vive Jésus, vive le prophète !

Mais tout à coup un gamin a crié : « le dixième, c’est un samaritain, oui, je vous le jure je l’ai reconnu ».

D’un seul coup, changement, retournement. Vous savez comme la foule est… Comment dit-on ? Versatile.

De quoi, de quoi, un samaritain ? Il a guéri un samaritain ? Dieu n’a pas envoyé un prophète pour ces gens-là !

Le comble, c’est quand Jésus a pris la parole :

« Vous voyez, ces 9 bons Juifs, ces hommes qui font partie du peuple de Dieu, où sont-ils ? Ils sont partis en courant à Jérusalem pour avoir un certificat de guérison, mais pas un n’a pensé dire merci à Dieu. Non, ils ne pensaient qu’à eux, à leur papier, pas à Dieu ! »

Et ce mécréant de Samaritain, lui, il est revenu ; il a dit merci. Il aurait pu courir lui aussi trouver les donneurs de papier, il a préféré rencontrer Dieu, le donneur de la Vie.

Moi, Esther, je me suis dit : Jésus, il aurait mieux fait de se taire, il s’est encore mis à dos les responsables. Pire, un tas de Juifs qui le suivaient jusqu’ici ont commencé par se retirer sur la pointe des pieds.

Ils murmuraient entre leurs dents : « Prétendre qu’un étranger vaut mieux que nous, le peuple de Dieu, lui dire, ta foi t’a sauvé ! C’est insensé. »

Avec Ruben, mon cousin, on a réfléchi.

Jésus n’est pas contre la religion de nos ancêtres, mais il nous rappelle que c’est une affaire de cœur plus que de papiers ou de règlements.

J’ai beau faire partie du peuple de Dieu, comme nous disons… J’ai beau respecter les lois que Moise nous a donné.

Si je n’ai pas la charité ça ne sert à rien

Au fond, j’aime mieux ça… On m’a trop souvent dit que Dieu était comme un douanier, toujours à vérifier si mes papiers sont en règle, mais Jésus me montre que Dieu est un Dieu qui aime ses enfants, qui prend pitié d’eux quand ils sont malades.

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Madame Claudia

Je n’ai ni or ni argent


Pour écouter :


Actes des Apôtres, 3,6 : Pierre lui dit : « je n’ai ni or ni argent mais ce que j’ai ,je te le donne : au nom de Jésus Christ, le Nazaréen, levé-toi et marche »

Madame Claudia, vous nous avez dit l’autre jour que le pape François reprenait des expressions de saint Pierre. Qu’avez-vous voulu dire ?

Oui, quand le pape François est arrivé au Brésil pour les JMJ, il a déclaré : « Je n’ai ni or ni argent, mais ce que j ‘ai reçu je vous l ‘apporte »

Ce sont bien des mots de Pierre.

Allons à Jérusalem, tout près du grand temple. Près de la porte, celle qu’on appelle la Belle Porte, il y a des mendiants, encore plus qu’aux portes de nos églises aujourd’hui, parce que, en ce temps-là, il n’y a pas de sécurité sociale.

Parmi eux un homme handicapé qu’on apportait tous les jours. C’était pour lui un moyen de gagner un peu sa vie.

L’homme est donc là, il voit Pierre et Jean qui arrivent.

Ces gars-là n’ont pas l’air mauvais, certainement qu’ils vont me donner une petite pièce.

Il tend la main comme d’habitude.

J’avais raison, souvent les gens passent sans même me regarder, mais ces deux hommes-là s’arrêtent, ils me regardent.

Le plus âgé me dit : « Regarde-nous ! » Je les regarde, bien sûr. Ah, ils vont sûrement me donner quelque chose.

Mais au lieu de me dire : « Mon brave, voici de quoi manger »

Ils me disent : « De l’argent ou de l’or, je n’en ai pas »

Alors, là, c’est bien ma veine. Encore deux qui essaient se défiler. Ils auraient mieux fait de passer tout de suite comme les autres.

Pierre continue « Ce que j’ai, je te le donne »

Ah, qu’est-ce qu’il va me donner ?

« Au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche »

L’homme ne comprend rien, mais Pierre lui prend la main et le relève. Incroyable !

L’homme sent que ses pieds et ses chevilles se raffermissent.

Il n’en revient pas, il bondit, il marche. Il entre dans le temple, il gambade et loue Dieu. Voyez, Dieu m’a guéri, vous me reconnaissez.

Les gens sont stupéfaits, ils l’entourent, mais c’est bien lui, c’est le boiteux qui mendiait tous les jours.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Ils regardent avec crainte. Jamais on n’a vu de pareilles choses.

Ils regardent Pierre et Jean : qui sont ces gens qui ont guéri le boiteux ?

Ce sont des hommes tout à fait ordinaires, avec des mains de travailleurs.
Certains demandent : « Comment ont-ils fait ? »

Il paraît qu’ils ont dit : « Au nom de Jésus-Christ »

Jésus-Christ ?

Ce n’est pas celui que les chefs ont mis à mort sur une croix, il n’y a pas longtemps ?

Mais oui, ce Pierre, je l’ai entendu dire que Jésus était vivant. C’est incroyable !

Le plus fort est que ce Pierre soutient mordicus qu’il dit vrai. Il répète sans cesse : « Nous en sommes témoins »

Dans la foule, quelques-uns doutent : « Témoins en paroles, c’est facile »

D’autres répondent : « Le témoignage de ce Pierre est vrai. Ce ne sont pas des mots uniquement, mais des actes! »

Comment cela ?

Mais oui, quand il parle, il raconte que Jésus n’arrêtait pas de guérir les malheureux, il était la bonté même, il donnait la vie là où tout paraissait mort, il raconte aussi que la Vie a été plus forte que la mort et qu’il est Vivant.

Et maintenant, voilà que Pierre à son tour, se met à faire la même chose, à redonner la vie à ce mendiant.

Et nous, que pouvons-nous faire pour aider les boiteux d’aujourd’hui ?

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Mamie Gisèle

La parabole de la brebis perdue ou le chat perdu



Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 15,1-10

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui: «Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux!» Alors Jésus leur dit cette parabole: «Si l’un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve? Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins; il leur dit: “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue!”
«Je vous le dis: C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.
«Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve? Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit: “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue!”
« De même, je vous le dis: Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit.»


Les gens sont méchants.

Hier à une réunion quelqu’un m’a dit :

-Madame, vous êtes bien bête de passer votre temps à saint Vincent de Paul. Je ne vois vraiment pas pourquoi ça vous plait autant. Ces gens-là n’ont qu’à travailler, je suis sur qu’ils ne vous disent même pas merci.

Si ça me plait, bien sûr que ça me rend heureuse.

Tenez, vous savez ce qui est arrivé à ma voisine avant-hier ?

Je vais lui dire bonjour, j’arrive à sa maison et j’entends des cris, des éclats de rire, avec ses copines du quartier quelle joie !

Qu’est-ce qui se passe ? Vous avez gagné le gros lot ?

Mieux que ça, j’ai retrouvé mon chat, c’est Pierrot le petit garçon de Paulette qui l’a retrouvé. Ah c’est formidable !

Le chat, le chat, en moi même je me dis, ce vieux et sale chat, rachitique, à moitié aveugle !

Je sais, je sais, elle y tient à son chat. C’est celui de son mari qui est mort il y a déjà 4 ans.

Cela fait trois jours qu’elle parcourt tout le quartier : vous n’avez pas vu mon chat ?

Oui, le voilà tout mouillé, ébouriffé, du sang sur les poils, les oreilles déchirées par les matous du coin.

Il y avait de quoi rire, tant de peine pour un miséreux chat perdu, mais je n’ai pas ri.

Je ne pouvais pas rire d’un cœur aussi tendre, au contraire.

Il y a des gens qui se donnent bien du mal pour rafler l’argent des pauvres, quitte à les écraser encore plus, mais elle, elle s’est donnée du mal, pour une bestiole qui ne pouvait montrer que sa détresse.

Comme disait le pape François, un cœur miséricordieux, un cœur qui est ému par les miséreux, c’est ce cœur-là qui est dans la joie..

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Madame Esther

Croire ou ne pas croire : Telle est la question !


Pour écouter :


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (17, 5-10)

Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer” ; il vous obéirait.
« Lequel d’entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite à table” ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour.” Sera-t- il reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres? De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : “Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir.” »


Vous avez entendu ce que les disciples ont demandé à Jésus: « augmente en nous la foi » ?

J’étais là ce jour-là, moi, Esther. À côté de moi, Ruben, mon cousin, était baba.

Il me dit : comme c’est beau, eux aussi, ses disciples, ils voudraient avoir la foi, guérir les malades, leur dire sans hésiter : lève-toi et marche. Ah la foi, c’est formidable…

Bah, Ruben, tu t’emballes toujours. Es-tu sur que les disciples veulent avoir la foi uniquement pour guérir les malheureux ? Ce ne serait pas pour en mettre plein la vue à la foule ? Pour être applaudis : voyez comme ils ont la foi, ils font des choses extraordinaires, il leur suffit d’un mot pour ouvrir les yeux d’un aveugle.

Jésus, quand il rencontre un aveugle, il ne dit pas : venez voir ce que vous allez voir, cet aveugle, je lui rends la vue, approchez mesdames et messieurs.

Non, c’est tout le contraire, regarde le bien, il est tout remué, plein de compassion.

Tu te souviens quand il est venu dans notre village ? Jésus s’est approché du vieux Siméon, le paralysé, il a écarté tout le monde, j’aurais juré qu’il allait pleurer de voir tant de misère.

Et j’ai compris ce que c’est que d’avoir la foi, ce n’est pas avoir un pouvoir magique comme un sorcier, c’est plutôt un cœur qui donne une force incroyable. Rien, aucune maladie ne peut lui résister, oui, j’appelle ça la foi.

Dans la vie, tu en verras des personnes qui ont une foi extraordinaire. J’ai connu un mari qui avait soigné sa femme pendant des années, sans se plaindre ; quel amour, quelle foi ! Tu crois que c’était pour en mettre plein la vue à ses voisins ?

Ruben a compris, je pense, mais il m’a demandé aussitôt :

« Dis-moi, Esther, qu’est-ce qu’il a voulu dire Jésus avec cette histoire du patron qui revient des champs et qui se met à table ? Tranquillement, il dit à ses serviteurs « vous mangerez après quand j’aurai fini ? » Quel égoïste ! Quel exigeant ! Tu ne trouves pas ?, et ses serviteurs qui paraissent  contents de lui passer les plats sans grogner ! »

Mon pauvre Ruben, as-tu entendu ce que je viens de te dire ? Que veulent les disciples quand ils demandent une foi plus grande ? C’est le pouvoir de faire des merveilles afin qu’on les admire. Ils rêvent d’une chose ; être à la place du maître, assis à table et être servis comme des pachas.

Jésus leur dit : soyez plutôt comme des bons serviteurs.

Un bon serviteur, qu’est-ce que c’est ? C’est celui qui bondit quand on a besoin de lui, il se précipite pour rendre service. Il pense d’abord aux autres. C’est cela la foi : voir les autres avec des yeux nouveaux, sans égoïsme.

Cela, tu le vois tous les jours, dans ta maison : qu’est-ce qu’elle fait ta maman quand tu reviens des champs ? Elle voit que tu as faim, que tu es fatigué.

Et qu’est-ce qu’elle te dit : attends un peu, moi, je n’ai pas encore mangé ? Non, elle se précipite, elle bondit pour te donner une galette.

Eh bien, Jésus dit à ceux qui veulent le suivre : Ayez la foi, pensez d’abord à ceux qui ont besoin de vous, n’hésitez pas, n’attendez pas, mettez-vous à leur service. Soyez de bons serviteurs, c’est de cela qu’on a besoin aujourd’hui.

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Madame Esther

Le juge et la veuve


Pour écouter :


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 18,1-8.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes.
Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : “Rends-moi justice contre mon adversaire.”
Longtemps il refusa ; puis il se dit : “Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.” »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice !
Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ?
Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »


Bonjour, c’est moi, Esther, aujourd’hui vous tombez bien. Je vous ai déjà dit que Jésus partait toujours de la vie, pour nous dire comment nous comporter.

Eh bien, c’est exactement ce que j’ai entendu ce matin.

Avec ma copine Elisabeth, on se lamentait en parlant de la vieille Sarah, vous savez la veuve qui se traîne devant le tribunal depuis des années.

Pas de chance de se faire entendre avec le juge, vous le connaissez aussi, lui, ce sont les sous qui l’intéressent. Et Sarah n’est pas intéressante, elle n’a pas un sou pour lui payer des honoraires juteux.

Jésus a dû entendre parler de cette affaire. En deux minutes, plus de cinquante personnes autour de lui quand il a prononcé le mot « juge »

Les uns sourient : qu’est-ce qu’il va leur passer aux juges !
Les autres, ses ennemis tendent l’oreille :  Quelle énormité va-t-il encore sortir ?

Finalement, ceux qui cherchaient la bagarre ont été déçus.

Jésus n’attaque pas le juge.

Oui, dit-il, le juge s’est fait tirer l’oreille, il aurait volontiers envoyé promener la veuve. Mais en fin de compte, il l’écoute et lui rend justice.

C’est qu’il avait quand même un bon cœur, me souffle ma copine, mais non, même pas ; c’est bêtement parce qu’il en a eu marre de voir la veuve à sa porte, de l’entendre gémir et réclamer.
Alors pour avoir la paix, il a sorti le dossier et a réglé le problème tout de suite.

Je viens de vous dire que beaucoup sont partis, assez déçus. Ils attendaient une charge contre les juges, contre les gens de pouvoir, bon, disons-le, ils auraient voulu un vrai Messie révolutionnaire, prêt à tout démolir.

Qu’est-ce qu’il leur a dit à la fin ? Dieu fera justice à ses élus à condition qu’ils ne baissent pas les bras, qu’ils continuent à le supplier, nuit et jour, comme la veuve.

C’est un conseil qui n’a l’air de rien : prier et prier, ne pas perdre confiance.

Au fond, cela demande plus de courage que de pousser des cris de guerre ou d’insulter.

En rentrant à la maison, je trouve mon beau-frère assis sur le banc, la tête sur la table, complètement avachi et découragé. Après la maladie de ma sœur, sa femme, il a commencé par prier, puis il a arrêté, : « à quoi bon »,

Il a cessé d’aller à la synagogue « pourquoi écouter les prophètes ? Ça ne sert à rien »

Puis il a mis le médecin à la porte, il s’est mis à boire, et il est là complètement écroulé.

Ah, je vais lui dire : recommence à prier, je suis sûre que l’espérance reviendra et que tu recommenceras à te battre.

Les derniers mots de Jésus m’ont frappé et je vous les redis à vous qui vivez aujourd’hui : « Le fils de l’homme (c’est lui, Jésus) trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Je vous pose la même question que je me suis posé en ce temps-là : avez-vous la foi, vous qui ne croyez que dans l’argent, dans le plaisir facile, vous qui ne croyez que dans le pouvoir ou la violence, vous qui vous bourrez de drogue, ou tout bêtement comme votre pape l’a dit aux jeunes : « Vous qui confondez le bonheur avec le canapé » ?

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Madame Esther

Un percepteur sur un arbre perché !


Pour écouter :


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 19,1-10.

Jésus traversait la ville de Jéricho. Or, il y avait un homme du nom de Zachée; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n’y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant, et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l’interpella: «Zachée, descends vite: aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison.» Vite, il descendit, et il reçut Jésus avec joie.Voyant cela, tous récriminaient: «Il est allé loger chez un pécheur.» Mais Zachée, s’avançant, dit au Seigneur: «Voilà, Seigneur: je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.»
Alors Jésus dit à son sujet: «Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.»


Vous me connaissez bien maintenant, vous savez qui je suis, madame Esther, oui, la femme juive qui a bien connu Pierre et Jacques et leur maître Jésus. Je vous le rappelle parce que je risque de vous choquer.

Oui, vous choquer parce que franchement, j’ai souvent été choquée moi-même.

Jésus a quelquefois des attitudes bizarres, il fréquente n’importe qui, des personnes qu’il aurait mieux fait d’écarter de son chemin.

Pourquoi je vous dis cela ? Tenez, ce qu’il a fait à Jéricho, le jour où je suis allée au marché.

Quel monde encore ! Impossible de passer dans la foule. Et voilà qu’un petit bonhomme me bouscule, non mais quel malpoli. En plus, c’est Zachée, je le connais, le percepteur. Vous voyez sa maison, ce n’est pas avec son salaire qu’il a pu se la payer.

Il est chargé de ramasser les impôts, mais il n’a pas perdu son temps le gaillard. Des impôts pour le temple de Jérusalem, bon d’accord, des impôts pour les Romains ça fait de lui un collaborateur de l’ennemi. Et des impôts qui s’égarent discrètement dans sa poche. Non, on ne les aime pas ces gens-là. Vraiment, il n’a rien à faire ici, on dirait qu’il veut voir Jésus.

Tout à coup, mes voisins éclatent de rire ; vous vous rendez compte, ce notable, ce richard, qui grimpe sur un arbre, un sycomore, et qui se tord le cou pour voir Jésus qui passe en dessous.

Qu’est-ce qui lui prend ? Il est trop petit ; c’est pour cela qu’il a grimpé ; c’est ridicule.

Mon cousin Ruben me dit « regarde, Jésus s’arrête, il va passer un de ces sermons à ce voleur, comme les prophètes » tout le monde s’apprête à applaudir.

En fait d’applaudissements, c’est la stupeur ;

Je vous disais que j’ai vraiment été choquée. Écoutez ce qu’il a dit : « Zachée, descends de ton arbre, je vais aller manger chez toi. »

Ruben tombe des nues. Un prophète qui mange chez un pécheur notoire, qui va se souiller avec le déshonneur de notre peuple. Non, cousine Esther, ce n’est pas possible.

Moi, je suis partie, j’en avais vu assez. J’avais cru en Jésus, je me disais, cet homme-là peut sauver notre peuple, redonner vie à notre religion, mais c’est tout le contraire, c’est comme s’il disait : Zachée, continue à voler, ce n’est pas grave. Paie-moi un bon banquet et je te laisse tranquille.

C’est le soir, à la maison que j’ai un peu changée, à cause de Ruben.

Il m’a raconté ce qui s’est passé. Bien sûr que beaucoup de gens murmuraient, mais tout d’un coup au milieu du repas, c’est ce qu’on m’a dit : Zachée s’est levé, ça été comme un coup de tonnerre, incroyable.

« Les pauvres, je vais les aider, ceux à qui j’ai fait du tort, je vais leur rendre bien plus que ce qu’ils ont perdu »

Le plus incroyable c’est ce que Jésus a ajouté : « Cet homme que vous avez mis au ban de la société, lui que vous avez rejeté, lui aussi est fils d’Abraham »
On s’est tous regardés ahuris.

Qu’est-ce qu’il a voulu dire ?

Tu veux savoir ce que je pense, cousine Esther ? C’est que moi, j’aurais dit à Zachée : tu n’es plus bon à rien, tu n’es qu’un voyou. Et je l’aurais mis à la porte.

Jésus fait le contraire. Il ne résout pas les problèmes par la force, en tapant sur les délinquants, il essaie de les transformer par la douceur, en parlant avec eux. Il leur fait confiance.

« Zachée, je sais qui tu es, je sais ce qu’on dit de toi. Mais il y a encore du bon en toi, mangeons ensemble, je ne te rejette pas.
Tu étais perdu, je te sauve. Je ne te mets pas dehors, viens avec nous. Tu as fait du mal aux autres, tu peux maintenant faire tellement de bien. »

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Madame Esther

Un drôle de gestionnaire


Pour écouter :


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 16,1-13.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.” Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.” Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris 80.” Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »


Le jour où j’ai entendu cette parabole (Évangile de Saint-Luc chapitre 16 Verset 1 – 13), je suis allé retrouver Madame Esther pour lui demander :

Madame Esther, quand Jésus a raconté cette histoire de l’intendant malhonnête, quelle a été votre réaction ? Vous avez dû être choquée une nouvelle fois ?

J’aime bien quand Jésus nous raconte une histoire. Il y a des rabbis qui nous font de beaux discours que personne ne comprend. Lui, il part de la vie de tous les jours.

Mon cousin Ruben raffole de ces comparaisons, sans chercher à comprendre ce qui se cachait derrière ces sortes d’images. Cela m’énerve quelquefois.

– C’est marrant, tu ne trouves pas, Esther ? C’est exactement ce qui s’est passé dans le village d’à côté, tu te souviens ? le jour où Eliezer, le richard s’est fait rouler par son intendant.

-Tu as raison mais tu crois vraiment que Jésus applaudit parce l’intendant a volé son maître ?

– Bon, ne te fâche pas ; j’ai au moins retenu qu’on peut devenir copain d’Abraham avec l’argent malhonnête, comme il dit.

– Ce n’est déjà pas mal. Mais essaie d’aller encore plus loin, plus profond.

Voilà des semaines que tu applaudis Jésus, tu t’emballes, « C’est lui le Messie, ! je vais aller avec lui « et qu’est-ce que tu as fait ? rien, tu restes collé à ta barque et à tes poissons. Tu cries : je m’en vais avec lui comme Pierre ou André et tu n’arrives pas à te décider.

Ruben, je me demande si Jésus ne parlait pas pour toi :  regarde l’intendant, c’est un malhonnête mais lui, il a su se décider, il a bondi. Qu’est-ce que tu attends pour bondir aussi ?  Toi, Ruben, tu es un brave cousin, mais tu es trop mou.

Comment on appelle cela : Un velléitaire, on ne peut pas compter sur toi. Tu aimerais faire comme Pierre, mais…? tu voudrais faire de belles choses toi aussi, mais…, il y a toujours un mais…

Mon cher cousin, pardonne-moi ; je ne voulais pas te faire de la peine. tu n’es pas le seul à agir ainsi.

Quand il s’agit de leurs intérêts, de leurs sous, il y a des foules de gens qui bondissent sans hésiter. Exactement comme l’intendant qui est retombé sur ses pieds à toute vitesse.  Tu en connais aussi qui applaudissent les restos du cœur ou le Secours Catholique, mais pas question de bondir pour aller les rejoindre.

Voilà ce que je lui ai dit ce jour-là à Ruben, mon cousin ; j’ai été dure avec lui.

Pourtant, quand il a été parti, je me suis posé une question : « Et toi, Esther, es-tu capable de bondir quand il le faut ? »

J’ai ruminé aussi un vieux dicton que vous répétez vous les français : l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Vous feriez bien d’écouter ce que votre pape François disait aux jeunes : « il y a une paralysie qui nait lorsqu’on confond le bonheur avec un canapé »

Il a ajouté, « nous ne sommes pas venus au monde pour végéter ; le temps qu’aujourd’hui nous vivons n’a pas besoin de jeunes-canapés, mais de jeunes avec des chaussures, mieux encore, chaussant des crampons »

Voilà ce que j’ai retenu de la parabole que Jésus venait de nous raconter.

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Mamie Gisèle

Je ne comprends pas mon père



Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 5,1-3 11-32

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui: «Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux!»
Alors Jésus leur dit cette parabole: «Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père: “Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient.” Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait et partit pour un pays lointain, où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre.
«Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
«Alors il réfléchit: “Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai: Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.”
«Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit: “Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…” Mais le père dit à ses domestiques: “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent la fête.
«Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit: “C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.”
«Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua: “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé, après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras!” Le père répondit: “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé.” »


Moi, franchement, je suis d’accord avec le fils aîné. Vous vous rendez compte.

Cette histoire, cette parabole comme on dit, que nous raconte Jésus, j’ai du mal à la comprendre.

Vous n’êtes pas d’accord avec moi ?

Mettons-nous un peu à la place du fils aîné qui voit revenir son vaurien de frère. Écoutons-le :

Mon petit frère, bon, je l’appelle encore petit frère, mais c’est maintenant un voyou, je vais l’appeler l’enfoiré, Oui, pour moi, il n’a plus de nom.

Il y a deux ans, il est parti. Mon pauvre papa, il est bien trop bon.

L’enfoiré lui dit :

– Papa, tu as bien prévu de nous donner à mon frère et à moi, une part de l’héritage.

– Oui, oui, mon enfant, c’est prévu comme ça.

– Eh bien, papa, j’ai décidé d’aller voir d’autres pays, de connaître le monde, je vais aller à la ville, j’en ai marre d’être toujours ici à soigner les animaux, à trimer dur dans les champs.

Vous vous rendez compte ? Traiter ainsi mon père, moi, je lui aurais envoyé mon pied quelque part, mais papa est trop bon, trop faible « oui, mon enfant, si tu veux partir, vivre autre chose, je te donne ce que j’avais prévu. Fais-en un bon usage »

Tu parles, un bon usage, moi, je le savais ce qu’il allait faire. Au bout de six mois, mon cousin Jacob me dit :

– Tu sais, ton frère, celui que tu appelles l’enfoiré, tu sais ce qu’il est devenu ? Je l’ai vu dans un champ en train de garder des cochons. Oui des cochons ! Des animaux impurs, quelle décadence. Un Juif qui se met au service des cochons.

L’enfoiré, je ne l’aime pas, mais quand même. Tu exagères, mon cousin ??

– Pas du tout. Oh, au début, il a mené la belle vie, l’argent coulait à flots, et les orgies, et les filles, et les copains de virée, magnifique, mais tout ça n’a pas duré. Tu le penses bien.

En traînant les pattes, il est allé voir un éleveur de cochons : Vous auriez pas une petite place pour moi, j’ai tellement faim.

Il est tombé sur un bec ; le patron en a profité. Vas-y garde mes cochons, mais ne t’avise pas de manger leur nourriture, ça me coûte assez cher, je ne vais pas nourrir un fainéant comme toi. Tu n’avais qu’à prendre soin de tes sous.

Vous me suivez ?

Finis les rêves de belle vie, c’était la déchéance complète.

Attendez, c’est fini. Voilà qu’un jour, je reviens des champs, moi, le fils aîné, tout juste bon à trimer sans arrêt.

Le soleil, la poussière, les reins qui me faisaient mal, je m’approche de la maison, de la musique, des champs, des cris de joie, une fête, je n’étais pas au courant, on aurait bien dû m’avertir, je serais revenu plus vite.

Je m’approche… J’appelle le vieux serviteur qui était près de la porte. Johan qu’est-ce qui se passe ?

-Ah, quel bonheur, c’est ton frère qui est revenu… Revenu.

-L’enfoiré est revenu ?

– Oui, en mauvais état, tout maigre comme un fil de fer, des sandales rapiécées, des vêtements en lambeaux.

– Et on ne l’a pas mis à la porte ! Quel culot !

– ll s’est jeté aux pieds de ton père : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi »

Mais il n’a pas eu le temps de continuer, ton vieux papa, qui avait couru pour le rencontrer, le relève, le prend dans ses bras.
Il lui redonne l’anneau comme si c’était encore son fils, il l’embrasse.

Allez chercher un veau gras, faites-le cuire, nous allons faire la fête ; mon fils qui était perdu, il est retrouvé, quel bonheur !

– Ah, non, c’est trop fort, c’est le comble, je lui ai bien dit à mon père : voilà des années que je suis à ton service, à trimer comme pas un, et rien, pas un chevreau pour faire la fête avec mes amis. C’est l’enfoiré arrive, le vagabond, le vaurien, et tout le monde se met à danser.
Et moi, non, je reste dehors, pas question de me prêter à cette mascarade

Vous savez ce qu’il m’a répondu, mon père ?

Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, tout ce qui est à moi est à toi.

Je l’avoue, j’ai du mal à comprendre. C’est un homme tellement bon, mais pour moi, il est vraiment trop bon. Je vous dis ce qu’il a essayé de m’expliquer :

Mon enfant, essaie de me comprendre : tu sais combien j’ai souffert chaque fois qu’on me racontait ce qui se passait avec ton frère, sa dégringolade, sa déchéance, et quand il revient, lui qui était mort, il revient à la vie, il était perdu et il est retrouvé.
Je sais ce qu’il a fait, mais c’est mon fils, et je l’aime.

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Mamie Gisèle

Un Dieu Fatigué ???



Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 4,5-42

Jésus arrivait à une ville de Samarie appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » (En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.) La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.) Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »
Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.
Pendant ce temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger ; c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se demandaient : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur. Il est bien vrai, le proverbe : L’un sème, l’autre moissonne. Je vous ai envoyés moissonner là où vous n’avez pas pris de peine ; d’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »


-Qu’est-ce que vous regardez Mamie Gisèle ?

-C’est un tableau qui représente Jésus qui parle avec une femme, une Samaritaine. Jésus vient  de marcher sur les routes de Palestine et, fatigué, il s’arrête au bord d’un puits ; il a soif il  demande à cette femme, une étrangère, pas tellement aimée des Juifs, de lui donner à boire.

-Jamais il n’aurait dû faire ça, un Maître ne parle pas à une femme dans la rue, surtout pas à un casi ennemi du peuple. C’est choquant, vraiment scandaleux.

– Moi, ce qui ne me plaît pas dans ce tableau, vous savez quoi ?

Ce Jésus, vous dîtes bien qu’il est Fils de Dieu.

Alors qu’est-ce que ça veut dire qu’il est fatigué, qu’il a soif ? Et quoi encore ? Et vous l’admirez en plus ? Je ne vous comprends pas, Mamie Gisèle.

À l’armée, j’ai eu un lieutenant de paras, jamais fatigué, jamais soif, ça, c’était un chef, on l’aurait suivi n’importe où. Mais un dieu fatigué, je n’en ai pas besoin

– Joseph, je vais te raconter ce que j’ai vu il y a trois mois, à l’hôpital. Tu te souviens de Mme Rolande ?

– Oh, oui, une vraiment brave femme ; si gentille. Quel malheur, comme elle a souffert.

– Le jour où je suis passée, elle m’a regardée et m’a dit dans un souffle : Gisèle, passe-moi ton crucifix. Mon neveu qui est si brillant, si fort, il est venu et c’est à peine s’il m’a dit bonjour comme un étranger.

Mais Lui, Jésus, je sais qu’il est passé par là, lui aussi. Il me comprend. Ce n’est pas un Dieu étranger pour moi.

Je suis fatiguée, il a été fatigué.

J’ai besoin qu’on m’aide, il a demandé de l’aide même à une étrangère.

Gisèle, est-ce que je peux garder ta croix ? Merci. Je ne suis plus toute seule.

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Mamie Gisèle

Aimer ses Ennemis ? Et quoi encore ?



Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,43-48

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait: «Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
«Eh bien moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.»


Je reviens à la charge, Madame Gisèle. Votre Jésus, il est bien bon, mais vraiment, il rêve / aimer ses ennemis, qu’il nous dit, vous vous rendez compte ?

Des ennemis, on ne les aime pas, on s’en méfie, on les tient à l’écart.

– Oui, il a bien dit : « Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent »

Tu écoutes souvent la radio, Josette. Tu as entendu comme moi qu’on parle de communautarismes.

Qu’est-ce que c’est ? Si tu es portugais, tu vas avec les Portugais, avec eux, ça va marcher. Si tu es rom, ou breton ou ch’ti, tu restes bien au chaud avec ceux de ta race, de ta culture, ceux de ton village. Pas de problème. Chaque communauté à part, on ne s’occupe pas des autres.

Le résultat ? Magnifique ! les Bretons entre eux, ils s’entendent bien, ils chantent en breton, ils se donnent des coups de main entre bretons. Mais les autres communautés ? Je ne les connais pas, je ne les fréquente pas, je m’en méfie, ils ne sont pas comme nous..

Je crois que j’ai compris : aimer son prochain, aimer ceux de sa communauté, c’est encore assez facile, mais aujourd’hui, ça ne suffit pas. Il faut renverser les barrières, apprendre à se connaître par-dessus les murs. Autrement, on aboutit à des ghettos, à des chasses réservées, à des réserves d’Indiens qui se parlent à coups de flèches.

Oui, réfléchis, Aimez ses ennemis, ce n’est certainement pas facile, mais si on ne le fait pas, qu’est-ce qui va arriver ?

Tu as déjà vu en ville des beaux quartiers entourés de grillages. ? Au-dedans, ils sont bien entre eux, ils ne s’occupent pas du bidonville qui grandit là tout près. Tu voudrais une ville où chaque quartier, chaque rue deviendrait un bloc de béton fermé aux autres ? Crois-moi, Josette, apprends à aimer tes ennemis et ça ira mieux.